SEI 2026 : Fancho Hermann Traoré et Dr Boubacar Thombiano plaident pour une épargne stratégique au service de la prospérité

À l’occasion de la première journée de la troisième édition de la Semaine de l’épargne et de l’investissement (SEI), qui s’est déroulée le vendredi 06 février 2026 à Ouagadougou, une conférence inaugurale a été organisée autour du thème « De l’épargne à la prospérité, bâtir aujourd’hui et transmettre demain ». Animée par Wendkouni Hermann Nazé, directeur de la communication de BF1, en tant que modérateur, la conférence a réuni Dr Boubacar Thombiano, expert en finance et inclusion financière, et Fancho Hermann Traoré, directeur général de Coris Bourse.

Dès l’entame, le modérateur a donné le ton en soulignant l’importance de cette rencontre appelée à orienter les 48 heures de travaux de la SEI. L’épargne, l’investissement et la prospérité ont été présentés comme des piliers indissociables d’un développement durable et inclusif. Interpellant la salle, il a invité les participants à s’interroger sur leurs propres pratiques, avant de lancer un défi collectif : faire en sorte qu’au sortir de cette rencontre, chacun reparte avec la ferme volonté d’épargner et d’investir de manière plus consciente.

Intervenant en premier, Dr Thombiano a abordé la question de l’épargne comme levier réel de développement économique et social au Burkina Faso. Selon lui, le pays ne souffre pas d’un manque d’épargne, mais plutôt d’une mauvaise structuration de celle-ci. Il a expliqué que la majorité de l’épargne demeure informelle et souvent destinée à la gestion des urgences, ce qui limite sa capacité à financer des investissements productifs.

Pour transformer l’épargne en moteur de développement, l’expert a appelé à un passage de l’épargne dormante à une épargne stratégique, orientée vers la création d’actifs. Ces actifs peuvent être des logements, des outils de production, des investissements dans l’éducation ou encore des activités génératrices de revenus. Il a insisté sur le fait que seule une épargne structurée, sécurisée et mutualisée permet de financer efficacement les PME, l’agriculture et l’artisanat, des secteurs clés de l’économie nationale.

Dr Thombiano a également mis en lumière les effets sociaux directs d’une épargne bien orientée. Une telle épargne contribue à stabiliser les ménages, à réduire leur vulnérabilité face aux chocs économiques et sociaux, et à renforcer la cohésion familiale. Selon lui, la résilience dont a fait preuve le Burkina Faso face aux crises récentes est en grande partie liée à cette capacité d’épargne, qui a permis d’absorber les chocs et de maintenir un certain équilibre social.

Poursuivant son analyse, l’expert s’est penché sur les erreurs les plus courantes qui empêchent les ménages de transformer leur épargne en patrimoine durable. Parmi celles-ci figurent la confusion entre épargne de précaution et épargne de construction, l’absence d’objectifs clairs, la multiplication de petites dépenses invisibles et le maintien de l’épargne sous forme de liquidités facilement consommables. Il a également souligné le manque d’anticipation dans la transmission du patrimoine, une lacune qui fragilise de nombreuses familles au moment des successions.

Pour y remédier, Dr Thombiano a proposé une approche méthodique reposant sur la clarification des objectifs de vie et la mise en place d’une épargne structurée à trois niveaux. Le premier niveau concerne l’épargne de sécurité, destinée à faire face aux urgences comme la maladie ou les imprévus. Le deuxième est l’épargne-projet, orientée vers des objectifs précis tels que l’acquisition d’un logement, le lancement d’une activité économique ou l’achat d’équipements. Le troisième niveau est l’épargne d’avenir, qui vise à préparer la retraite, l’éducation des enfants et la transmission du patrimoine.

Selon l’expert, cette structuration doit s’appuyer sur des mécanismes formels et sécurisés. Il a mis en garde contre les placements informels et les promesses de rendements irréalistes, invitant les ménages à se tourner vers les banques, les institutions de microfinance, les compagnies d’assurance et les sociétés de gestion agréées. Il a également insisté sur l’importance des produits d’assurance pour mieux maîtriser les risques liés à la santé, à la vieillesse et aux aléas de la vie.

Son intervention a également porté sur la régularité de l’épargne. Pour Dr Thombiano, ce n’est pas le montant qui fait la différence, mais la discipline et la constance. Il a illustré son propos en montrant qu’une épargne quotidienne de 200 francs CFA peut, sur la durée, ouvrir l’accès à des instruments d’investissement comme le compte-titres. Il a enfin insisté sur la préparation de la transmission, qu’il considère comme un processus nécessitant à la fois sensibilisation des héritiers, éducation financière et formalisation juridique.

Prenant la parole à son tour, Fancho Hermann Traoré a apporté un éclairage complémentaire sur le rôle des marchés financiers et de la gestion d’actifs dans la transformation de l’épargne des ménages en investissements productifs. Il a rappelé que dans de nombreux pays développés, une part importante de l’économie est financée par les marchés financiers, un modèle encore insuffisamment exploité dans la sous-région.

Selon le directeur général de Coris Bourse, la mission des sociétés de gestion et d’intermédiation est de mettre en relation les agents disposant d’une capacité d’épargne et ceux ayant des besoins de financement, notamment les États et les entreprises. Contrairement à certaines idées reçues, l’accès à la Bourse n’est pas réservé à une élite. Il a expliqué qu’un compte-titres peut être ouvert avec un investissement initial de 50 000 francs CFA, un montant qui reste la propriété de l’épargnant et constitue son premier investissement.

Il a ensuite présenté les principaux instruments financiers accessibles aux ménages. Les obligations, a-t-il expliqué, sont des placements à faible risque offrant des rendements connus à l’avance, généralement compris entre 6 et 9 % par an sur le marché régional. Les actions, quant à elles, permettent aux investisseurs de devenir copropriétaires d’entreprises, de percevoir des dividendes et de bénéficier d’éventuelles plus-values, tout en acceptant une certaine volatilité des cours.

Fancho Hermann Traoré a également détaillé les modes de gestion proposés par Coris Bourse. La gestion libre s’adresse aux investisseurs avertis souhaitant gérer eux-mêmes leur portefeuille, tandis que la gestion sous mandat permet aux clients de confier la gestion de leurs investissements à des professionnels, en fonction de leur profil de risque et de leurs objectifs. Il a enfin annoncé la mise en place d’une application mobile facilitant les opérations d’investissement et l’utilisation du mobile money, renforçant ainsi l’accessibilité du marché financier.

Cette conférence inaugurale a rappelé la nécessité de passer d’une épargne dormante à une épargne stratégique, d’anticiper la transmission du patrimoine et de comprendre que la prospérité repose avant tout sur la discipline, la méthode et la vision à long terme. Une première journée riche d’enseignements, qui confirme l’ambition de la SEI de faire de l’épargne et de l’investissement des outils concrets de transformation économique et sociale au Burkina Faso.

Par Bernadette W. Gansonré

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