Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a procédé, le vendredi 22 mai 2026, au limogeage d’Ousmane Sonko et de l’ensemble de son gouvernement par décret présidentiel lu à la télévision nationale. Pour lui succéder à la Primature, le chef de l’État a choisi un profil résolument technocratique : Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo, soixante ans, économiste et ancien haut cadre de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
La trajectoire du nouveau Premier ministre est celle d’un serviteur de l’État formé à l’école de la rigueur monétaire. Bachelier scientifique major de promotion au Prytanée militaire de Saint-Louis en 1985, il intègre ensuite l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, où il obtient une maîtrise en sciences économiques, complétée par un diplôme d’études de techniques bancaires au Centre ouest-africain de formation et d’études bancaires.
En 2023, il couronne ce parcours par un Executive Master in Islamic Finance décroché à l’INCEIF University de Kuala Lumpur, en Malaisie, consacrant ainsi une spécialisation dans un segment de la finance en pleine expansion en Afrique de l’Ouest.
C’est à la BCEAO, institution qu’il rejoint dès 1987, qu’Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo forge l’essentiel de son expertise. Il y gravit méthodiquement tous les échelons : chef du service de la trésorerie, directeur des opérations de marché, directeur des activités bancaires et du financement des économies, avant d’être nommé directeur national pour le Sénégal en décembre 2016 puis d’accéder au secrétariat général de l’institution en février 2024.
Ce sont trente-sept ans qu’il aura passés au cœur du système monétaire régional, dont une décennie consacrée à accompagner l’État sénégalais dans ses émissions d’eurobonds sur les marchés financiers internationaux, ses relations avec les agences de notation Standard & Poor’s et Moody’s, et ses négociations avec le Fonds monétaire international au titre des programmes ISPE et ICPE.
De la Banque centrale au cœur de l’exécutif
Appelé au gouvernement dès le 5 avril 2024, au lendemain de l’élection du président Faye, Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo en avait été le premier secrétaire général, assurant la coordination interministérielle et le suivi des décisions présidentielles dans une phase critique de mise en place de la nouvelle gouvernance. Puis, le 30 avril 2025, il a été promu ministre d’État auprès de la Présidence. À ce poste, il était en charge du pilotage opérationnel de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 », le programme phare de développement à long terme du pays.
Sa nomination à la Primature s’inscrit dans cette logique de continuité. Lors de sa première prise de parole, il a tenu à lever toute ambiguïté sur l’orientation politique du pays. « Il ne s’agit point d’un changement de cap, mais d’un changement de méthode dans la cohérence institutionnelle et de l’action gouvernementale, voulu par le chef de l’État », a-t-il précisé.
Le nouveau chef du gouvernement ne masque pas la gravité de la situation marquée par un contexte économique sous tension. « Nous devons tous être conscients du contexte d’urgence dans lequel se trouve notre pays », a-t-il lancé, pointant du doigt la fragilité des finances publiques, l’impact de la crise au Moyen-Orient sur les prix énergétiques et alimentaires, les tensions sociales qui en découlent ainsi qu’un environnement sécuritaire sous-régional difficile. « Le Sénégal est un pays sûr et fiable, et entend le rester », a-t-il lancé aux investisseurs et aux partenaires techniques et financiers.
Par Léon Yougbaré


