SIBA 2026 / Master Class sur la titrisation : Joseph Titrisation dévoile les rouages d’une technique financière encore méconnue en Afrique

La deuxième édition du Salon international de la bourse africaine (SIBA), tenue à Ouagadougou du 5 au 6 juin 2026, a offert une fenêtre rare sur la titrisation, l’un des instruments les plus sophistiqués du marché financier régional, voire continental. Joseph Titrisation y a animé une masterclass intitulée « Titrisation de créances : comment transformer vos créances en liquidités pour financer votre croissance ? », réunissant chefs d’entreprise, dirigeants, cadres, entrepreneurs et étudiants.

Dans le cadre de la deuxième édition du Salon international de la bourse africaine (SIBA), Joseph Titrisation a animé une masterclass sous le thème « Titrisation de créances : comment transformer vos créances en liquidités pour financer votre croissance ? », le vendredi 5 juin 2026.

Pour comprendre l’intérêt de la titrisation, Massou Yasmine Boua, Présidente-directrice générale de la société de titrisation, a d’abord cartographié le paysage des instruments de financement existants. Les entreprises, dit-elle, disposent aujourd’hui de trois grands mécanismes. D’abord, il s’agit de la dette bancaire classique, assortie de taux d’intérêt sur des échéances courtes, moyennes ou longues.

Ensuite, l’entrée en bourse par émission d’actions permet de transformer les investisseurs en copropriétaires et leur donne droit à des dividendes proportionnels aux résultats de l’entreprise. « Donc le but, ce n’est pas de rembourser, mais que la société crée de la valeur pour que les actionnaires aient des dividendes », a-t-elle précisé.

Le dernier mécanisme concerne l’emprunt obligataire, par lequel le marché finance directement un projet à des conditions de taux prédéfinies. « On a dit, par exemple, qu’on prête sur 5 ans à 6 %. Donc, c’est à l’entreprise de travailler pour pouvoir rembourser avec intérêts de 6 % », a détaillé Massou Yasmine Boua.

Une vue des participants

Jean Williams Kouman, directeur des opérations de la société, a précisé les contraintes inhérentes à chacune de ces pistes. Selon lui, les emprunts obligataires publics imposent des seuils de montants élevés et des exigences de garantie et de notation qui écartent nombre d’entreprises.

Concernant les opérations privées, Williams Kouman a fait savoir qu’elles sont plus rapides et confidentielles, mais limitées à un cercle restreint d’investisseurs. Quant aux titres de créance à court terme, leur accès reste, à ses dires, « extrêmement rare » sur le marché de l’UMOA. « C’est basé sur la signature et c’est pour de l’emprunt de 0 à 2 ans. Donc, on n’en trouve pas », a insisté le directeur des opérations de Joseph Titrisation.

Jean Williams Kouman, directeur des opérations de Joseph Titrisation

Né dans les années 1920, le mécanisme reste d’actualité

C’est dans ce contexte que la titrisation s’impose comme une quatrième voie. Née aux États-Unis dans les années 1920, portée par le boom immobilier qui voyait s’élever les gratte-ciels de New York et de Chicago, la technique a été forgée par des institutions privées appelées les « Real Estate Bond Houses », qui ont eu l’idée de regrouper des prêts hypothécaires pour émettre des obligations adossées à ces créances, les fameux Guaranteed Mortgage Participation Certificates (GMPC), vendus à de petits épargnants.

Pour la promotrice de Joseph Titrisation, un siècle plus tard, le principe reste le même dans sa logique fondamentale : une entreprise détenant des créances, notamment des factures impayées, des prêts accordés ou des dettes commerciales, peut les céder à une société de titrisation qui lui verse immédiatement leur contre-valeur en liquidités, avec une légère décote.

« À titre d’exemple, une banque qui a prêté de l’argent à un particulier à hauteur de 100 000 FCFA sur une échéance de 20 ans peut vendre ce prêt à une société de titrisation », a-t-elle indiqué, précisant qu’en pratique, « ce n’est plus à la banque que le particulier doit, mais à la société de titrisation ». De ce fait, a-t-elle poursuivi, la banque accepte une décote et récupère son argent tout de suite, par exemple 95 000 FCFA, pour continuer ses activités de crédit.

Une chaîne d’acteurs encadrée par la régulation

Mme Boua a en outre montré que le dispositif repose sur un écosystème structuré. Outre l’entreprise cédante et la société de gestion chargée de piloter l’opération, interviennent une agence de notation qui évalue la qualité des titres émis, le Dépositaire central (DC/BR pour le marché de l’UMOA), qui assure la conservation et la circulation des titres, et enfin les investisseurs qui apportent les liquidités.

« La société de titrisation va regarder le niveau de qualité des créances, s’assurer qu’il y a de bons clients qui paient à temps. Parce qu’il y a des entreprises qui ont de la trésorerie, mais ça ne se passe pas bien », a-t-elle laissé entendre.

Pour la PDG de Joseph Titrisation, la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY) a démontré concrètement ce potentiel en levant 34,34 milliards FCFA sur un objectif de 30 milliards FCFA par titrisation, lors d’une opération pilotée par Joseph Titrisation en 2025. Elle a par ailleurs montré que les banques, les institutions de microfinance, les grandes entreprises et les entités publiques figurent parmi les profils d’emprunteurs que le mécanisme de titrisation de créances peut servir.

La masterclass n’a pas esquivé les zones d’ombre. La titrisation, à en croire Yasmine Boua, expose ses parties prenantes à plusieurs catégories de risques. Elle a cité entre autres le risque de défaut des débiteurs, le risque de remboursement anticipé qui perturbe les flux attendus, la possible dégradation des notes par les agences, le risque de taux sur les marchés à taux variables et, enfin, un risque d’amalgame.

Par David Yaméogo

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