SIBA 2026 : Nikada Tchanguai, Boukaré Zoanga, Ahmed Barry, Aubin Somda et le Pr Romuald Kinda plaident pour une démocratisation de l’investissement boursier

La deuxième édition du Salon international de la bourse africaine (SIBA) a ouvert ses portes ce vendredi à Ouagadougou. À l’issue de la cérémonie d’ouverture, les participants ont pris place pour le premier panel, consacré à une question fondamentale pour le développement des marchés financiers en Afrique de l’Ouest : « Entreprise et particulier : pourquoi s’intéresser à la bourse ? ». Modérée par Amandine Lalsaga, journaliste et présentatrice à la télévision nationale du Burkina, la session a réuni cinq intervenants aux profils complémentaires pour décortiquer les freins et les opportunités liés à l’investissement boursier.

Le constat d’entrée est posé par Nikada Tchanguai, Trésorier Cluster UEMOA du Groupe CORIS et directeur de trésorerie de Coris Bank International. Selon lui, les populations de la zone se contentent des taux d’intérêt de 3,5 % proposés par les banques sur les dépôts, une posture qu’il attribue à un déficit de culture boursière. « Actuellement à la BRVM, il y a des actions qui coûtent seulement 32 FCFA, donc moins de 100 FCFA. Ça existe, c’est factuel et tout le monde peut investir », a-t-il indiqué, contredisant l’idée reçue selon laquelle la bourse serait réservée aux détenteurs de capitaux importants.

Sur la question de l’opposition entre crédit bancaire et levée de fonds en bourse, M. Tchanguai a distingué la finance directe, où l’investisseur sait précisément à quelle entité va son argent, de la finance indirecte incarnée par le système bancaire, où le déposant ignore l’usage final de ses fonds. À ses dires, l’exemple de la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY), qui a eu recours à la titrisation de créances pour mobiliser des ressources, illustre concrètement les possibilités qu’offre le marché financier.

Nikada Tchanguai a en outre soulevé les contraintes réglementaires qui pèsent sur le secteur bancaire, limitant parfois sa capacité à répondre intégralement aux besoins des entreprises. Une entreprise, dit-il, qui sollicite 100 millions FCFA peut se voir proposer 50 millions, montant insuffisant pour conduire son projet à terme.

C’est pourquoi le marché financier, en offrant des ressources longues, généralement au-delà de cinq ans, et potentiellement moins coûteuses que le crédit bancaire dont les maturités s’établissent entre un et cinq ans au maximum, vient en complément du système bancaire. « L’avantage d’aller sur le marché financier, c’est d’avoir des ressources longues, davantage de ressources qui peuvent coûter moins cher que le crédit bancaire », a expliqué le Trésorier Cluster UEMOA du Groupe CORIS.

Dans les économies les plus avancées, a-t-il poursuivi, c’est précisément l’union du marché financier et du secteur bancaire qui a permis de financer l’essor économique. « Le secteur bancaire seul, malheureusement, ne peut pas subvenir aux besoins des acteurs et de nos entreprises », a-t-il conclu.

Le marché obligataire, désormais premier financeur des États de l’UEMOA

Boukaré Zoanga, directeur de la dette publique du Burkina Faso, a retracé l’évolution du financement public sur les deux dernières décennies. Si l’aide publique au développement couvrait historiquement entre 80 et 85 % des besoins d’investissement, les crises mondiales et les replis géostratégiques ont conduit les pays donateurs à réduire leurs contributions, accélérant le recours aux marchés financiers. Depuis les premières émissions lancées en 2003, la part des investissements financés par les ressources mobilisées sur le marché n’a cessé de croître.

Alors que la dette extérieure représentait autrefois 80 % de l’encours total, la dette contractée sur les marchés constitue désormais environ 70 % du total. Pour Boukaré Zoanga, les données de 2025 confirment cette dynamique à l’échelle régionale, avec près de 70 % des besoins d’endettement des États de l’UEMOA mobilisés via le marché obligataire régional. « Tout cela montre l’ampleur de la contribution des marchés au financement des investissements publics », a expliqué le directeur de la dette publique du Burkina.

La troisième intervention a porté sur la peur de perdre son épargne, principal frein des particuliers vis-à-vis des marchés financiers. Face à cela, Ahmed Barry, auditeur et contrôleur interne des banques et des SGI, et directeur général de la Coopérative d’épargne et crédit/Association femmes de l’avenir (COPEC/AFA), détaille le dispositif de protection en vigueur.

Le marché financier régional est, souligne-t-il, un espace fortement régulé. Tout acteur, en particulier les Sociétés de gestion et d’intermédiation (SGI), est tenu de mettre en place une cartographie des risques permettant d’identifier, d’évaluer et de maîtriser les expositions auxquelles font face les investisseurs et les épargnants. « C’est-à-dire un dispositif relatif à une cartographie des risques qui permettra à l’acteur en question d’identifier, d’évaluer et de traiter afin de maîtriser tous les risques qui exposent les investisseurs, les épargnants et l’entité en question », a-t-il détaillé.

Ce dispositif est complété par un contrôle interne obligatoire, comprenant un contrôleur interne dédié, un gestionnaire de risques et une fonction de sécurité informatique. Pour lui, la gestion des risques liés au portefeuille, aux clients et à l’investissement n’est plus une option pour les acteurs du marché, mais une exigence formelle, encadrée par l’instruction n°061/CREPMF/2020.

Les SGI comme passerelle entre l’épargnant et le marché

Aubin Somda, conseiller du PDG de la SA2IF chargé de l’ingénierie financière, a abordé, pour sa part, la question de la mobilisation des populations et des entreprises vers la bourse sous l’angle de l’information et de l’accessibilité. « Pendant longtemps, on a cru que la bourse était réservée seulement à une élite de financiers ou à des personnes fortunées », a-t-il rappelé, insistant sur le fait qu’il existe des actions pour toutes les capacités d’investissement, de 32 FCFA à 50 000 FCFA. « Chacun peut y souscrire », a-t-il insisté.

Pour ceux qui ne disposent pas du temps ou des compétences nécessaires, les SGI proposent, à l’en croire, la gestion sous mandat. Ce dispositif permet au client de définir son profil de risque et de confier la gestion quotidienne de son portefeuille à des équipes spécialisées, présentes sur le marché chaque jour.

Le conseiller chargé de l’ingénierie financière a par ailleurs rappelé la performance des placements boursiers par rapport à l’épargne bancaire classique. Certaines sociétés ont affiché des rendements supérieurs à 90 % en 2024, contre 3,5 % pour un compte livret. Les trois sociétés burkinabè cotées à la BRVM affichent quant à elles des rendements allant au-delà de 6 %, soit au minimum le double de ce qu’offrent les banques.

Le Professeur Somlanare Romuald Kinda, agrégé du CAMES, chercheur senior à Afreximbank et enseignant-chercheur à l’Université Thomas Sankara (UTS), s’est appesanti sur la perspective macroéconomique. D’emblée, a-t-il souligné, la BRVM est avant tout un marché de mise en relation entre agents à besoin de financement et agents à capacité de financement.

BRVM, un canal de financement des États

Citant le dernier rapport de l’Autorité des marchés financiers de l’UMOA (AMF-UMOA) de 2024, il a rappelé que les dépôts bancaires dans la zone UEMOA s’établissaient à environ 48 000 milliards FCFA, tandis que les ressources mobilisées sur la BRVM atteignaient 10 000 milliards FCFA. « C’est pour dire que, premièrement, la BRVM, c’est un canal de financement des États », a-t-il fait savoir, relevant qu’en 2025, les données montrent que les États ont mobilisé près de 70 % de leurs dettes à travers le marché obligataire régional.

Enfin, le Pr Kinda a mis en lumière la capacité du marché boursier à financer l’économie sur le long terme, là où le système bancaire reste davantage orienté vers le court et le moyen terme. « Sur notre marché régional, on a des emprunts obligataires à 5 ans, à 10 ans. (…) On a des institutions qui sont capables de lever des ressources sur 10 ans ou 12 ans pour financer le logement », a-t-il laissé entendre, notant, en guise de conclusion, que « la BRVM vient en complément du système bancaire ».

Par Léon Yougbaré

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