La plateforme numérique de transfert d’argent et de paiement Djembé a été officiellement présentée et lancée le samedi 25 juillet 2026 à Ouagadougou, à l’occasion d’une cérémonie placée sous le thème « Au carrefour de l’innovation et du numérique ». Portée par l’entreprise burkinabè Neerelab-Technology SARL en partenariat avec Orion Financial Group, la solution ambitionne de faciliter les transferts d’argent, les paiements et l’inclusion financière, avec un accent particulier sur les transferts internationaux vers la diaspora étudiante.
Abdoul Latif Adama, co-gérant de Neerelab-Technology SARL et co-fondateur de Djembé, a ouvert la cérémonie en inscrivant ce lancement dans la continuité d’un projet entrepreneurial engagé depuis 2018. Djembé, selon lui, représente une nouvelle étape d’une stratégie d’investissement plus large de l’entreprise, orientée vers l’intelligence artificielle, le cloud computing, la cybersécurité, les infrastructures numériques, les énergies renouvelables et des solutions destinées aux petites et moyennes entreprises et industries (PME/PMI), aux institutions financières, aux administrations publiques et aux collectivités. « Notre objectif est de rendre accessibles toutes ces technologies partout au Burkina et ailleurs », a-t-il déclaré.

Il a également précisé que l’ambition de Neerelab-Technology ne se limite pas à la création de logiciels ou d’applications, mais vise à bâtir un véritable écosystème national. « Notre solution Djembé ambitionne de révolutionner les transferts d’argent et les paiements numériques en proposant une plateforme moderne, sécurisée et accessible à tous », a-t-il ajouté.
Une réponse à un déficit d’inclusion financière
Prenant la parole à sa suite, Moumouni Ismaël Sinaré, président-directeur général d’Orion Financial Group et co-fondateur de Djembé, a rappelé que moins d’un adulte sur deux dispose aujourd’hui d’un accès à un service financier formel au Burkina Faso. Djembé, selon lui, vient combler cet écart en permettant notamment à des commerçants, ménagères, jeunes entrepreneurs ou travailleurs de la diaspora d’effectuer des transferts et retraits d’argent sans passer par les circuits bancaires classiques.

L’un des cas d’usage mis en avant dans la présentation détaillée de l’application concerne les transferts d’argent des familles burkinabè vers leurs enfants étudiant à l’étranger, en particulier en Europe, aux États-Unis ou au Canada. Ismaël Sinaré a cité des données de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) faisant état d’une hausse de plus de 104 % des demandes de permis d’études africaines vers le Canada et d’autres pays, ainsi qu’un coût moyen mondial des transferts internationaux vers l’Afrique subsaharienne de 8 à 9 %, loin de la cible de 3 % fixée par les Nations Unies.
Pour lui, le marché actuel du transfert international vers un compte bancaire reste marqué par des délais de 2 à 5 jours ouvrables et des frais de conversion pouvant atteindre 13 à 15 %, assortis de règles de traçabilité jugées lourdes. Djembé propose ainsi un transfert instantané avec un taux de change figé au moment de l’envoi.
Pour le cas du Canada, le parent paie en francs CFA (FCFA) depuis l’application, une banque partenaire agréée reçoit les fonds en FCFA, puis un prestataire de services de paiement (PSP) partenaire assure la conversion, l’étudiant étant crédité directement en dollars canadiens sur un compte ouvert chez UNI Coopération financière, partenaire de Djembé au Canada.
Concernant l’aspect sécurité, le PDG d’Orion Financial Group a indiqué que des dispositifs de connaissance du client (KYC, Know Your Customer) ont été mis en place afin de se conformer aux règles de lutte contre le blanchiment d’argent établies par le Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada (FINTRAC).
Un réseau existant jugé mal adapté au numérique
Toujours dans sa présentation, Sinaré a positionné Djembé face aux acteurs traditionnels du transfert d’argent, en soulignant que le Burkina Faso compte plus de 900 agences Western Union, un réseau qu’il qualifie de dense mais essentiellement orienté vers les transactions en espèces plutôt que vers le numérique instantané. « Et nous, on vient vraiment régler ce problème-là et aussi apporter les services du mobile Banking traditionnel », a-t-il fait savoir.
Au-delà du transfert international, Djembé se positionne comme une solution couvrant plusieurs secteurs d’activités. Dans le secteur de l’assurance, Djembé offre la possibilité pour les assurés de régler leurs primes de manière échelonnée ou en une seule fois, ainsi qu’un règlement des indemnités de sinistres versé directement sur le portefeuille numérique du bénéficiaire en quelques minutes, contre un délai habituel de 21 jours pour les règlements par chèque ou traite, selon l’entreprise.
Sur le segment des entreprises et institutions, Djembé permet le versement automatique des salaires en temps réel pour les petites et moyennes entreprises (PME), le paiement échelonné de billets d’avion en trois ou quatre fois auprès d’agences de voyage partenaires, une intégration avec des institutions de microfinance pour l’octroi et le remboursement de prêts, ainsi que le règlement des frais de scolarité auprès d’universités étrangères partenaires.
Djembé, une solution de rassemblement
L’Agence nationale de promotion de la finance inclusive (ANPFI) était représentée à la cérémonie par son directeur des opérations du portefeuille et de la promotion de l’éducation financière, Dr Boubacar Thiombiano. Il a salué dans la nouvelle trouvaille trois dimensions.
À l’en croire, Djembé, c’est d’abord un vecteur de rassemblement et de cohésion sociale. « Comme son nom l’indique, Djembé c’est un instrument traditionnel qui est utilisé pour rassembler », a-t-il expliqué.

Ensuite, Djembé symbolise l’innovation et l’action, aux dires du Dr Boubacar Thiombiano. « C’est une solution qui est apportée dans le quotidien des populations. « Parce que ça va permettre de révolutionner beaucoup de choses, de permettre de gagner du temps », a-t-il précisé.

Enfin, la troisième dimension concerne le développement durable. Pour Dr Thiombiano, Djembé va permettre de révolutionner le secteur des transferts d’argent et permet de rationaliser les ressources. « Qui dit gain de temps, parle de développement. (…). Quand les transactions sont instantanées, cela va permettre de faire beaucoup d’économies en termes de ressources pour pouvoir vraiment investir sur des activités qui pourraient conduire au développement durable », a-t-il conclu.
Par Léon Yougbaré


