Le gouvernement nigérien a pris la parole pour clarifier sa position face aux déclarations du groupe Orano concernant l’exploitation de l’uranium au Niger. À travers un point de presse conjoint réunissant le ministre des Mines, le Commissaire Colonel Abarchi Ousmaneet le ministre de la Justice, Alio Daouda, les autorités ont souhaité présenter une lecture officielle des faits, tant sur le plan juridique qu’économique, et réaffirmer la souveraineté de l’État sur ses ressources naturelles.
Le dossier repose principalement sur la concession minière d’Arlit, attribuée en 1968 pour une durée de 75 ans sur une superficie de 360 kilomètres carrés. Cette concession, transférée au fil des décennies au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), à la Compagnie générale des matières nucléaires (COGEMA) puis à Orano Mining en 2021, est présentée par l’État comme un droit d’exploitation strictement encadré. Le sous-sol nigérien, ont rappelé les autorités, demeure la propriété exclusive de l’État, qui se réserve le droit de faire appliquer sa législation minière à tout opérateur.
Selon les chiffres communiqués, 18 milliards de francs CFA ont été mobilisés par l’État, complétés par 6 milliards de francs CFA provenant de la Somaïr, afin de soutenir une production fragilisée depuis juillet 2023. Cette période aurait été marquée par des décisions imputées à Orano, notamment le retrait de personnel et des actions ayant perturbé la continuité de l’exploitation, conduisant à la nationalisation de la Somaïr en juin 2025.
L’analyse économique présentée par le ministère des Mines, le Commissaire Colonel Abarchi Ousmane, fait apparaître un déséquilibre dans la répartition des bénéfices issus de l’uranium. Malgré une participation de 36,6 % de l’État au capital de la Somaïr, la part cumulée de l’uranium commercialisée au profit du Niger entre 1971 et 2024 n’aurait atteint que 9,2 %, contre 86,3 % pour Orano, sur un volume total de plus de 80 000 tonnes. À en croire, cette situation a durablement pénalisé les intérêts économiques nationaux.
Sur le plan réglementaire, le Commissaire Colonel Abarchi Ousmane s’appuie sur la réforme de la loi minière intervenue en août 2024, qui a fixé de nouvelles obligations fiscales, notamment en matière de redevance superficielle pour la concession d’Arlit. Un état de liquidation a été transmis à Orano Mining pour l’exercice 2025, resté sans suite à ce jour. Ce défaut de paiement est considéré comme une infraction susceptible d’entraîner des sanctions prévues par la loi, y compris le retrait du titre minier.
Une mise en demeure formelle a ainsi été adressée à l’entreprise en septembre 2025, lui accordant un délai de six mois pour se conformer aux exigences légales. En l’absence de régularisation, le processus de retrait de la concession se poursuit conformément aux textes en vigueur.
Prenant la parole, le ministre de la Justice, Alio Daouda, a mis en avant les résultats obtenus depuis la nationalisation de la Somaïr. Après les événements de juillet 2023, environ 156 tonnes d’uranium auraient été extraites, puis près de 2 000 tonnes supplémentaires grâce aux investissements de l’État et à l’appui d’entreprises et de services publics nationaux. Selon lui, cette production est le fruit du travail des employés nigériens et du financement public, dans un contexte où Orano aurait laissé d’importantes dettes (58 milliards de dettes) et tenté de fermer la société.
Il a également accusé Orano d’avoir, durant plusieurs années, minoré la teneur en uranium, la ramenant de 75 à 60, 63 environ, réduisant, ainsi, les taux déclarés par rapport aux résultats du laboratoire de la Somaïr. Le gouvernement considère ces pratiques comme une atteinte grave à ses intérêts et affirme sa détermination à défendre ses droits, à protéger ses ressources stratégiques et à garantir l’emploi.
Tout en affichant une position de fermeté, le Niger se dit disposé à établir des partenariats équilibrés et transparents, fondés sur le respect de la loi et orientés vers l’intérêt général.
Par Bernadette W.Gansonré


