La mise en place de la Kribi Port Industrial Zone (KPIZ), future zone industrielle intégrée adossée au port en eau profonde de Kribi, repose sur un important dispositif financier structuré autour du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD). Officiellement lancée le 26 février 2026 à Yaoundé, la société chargée de développer cette plateforme industrielle bénéficie d’un montage financier combinant capitaux publics et investissements privés pour soutenir l’ambition industrielle du Cameroun.
Au cœur de cette architecture financière, la BAD joue le rôle de chef de file et de partenaire stratégique du projet. L’institution s’est engagée à mobiliser l’intégralité du financement public, estimé à 411 millions d’euros. Parallèlement, elle se positionne pour accompagner la mobilisation d’un financement privé de 384 millions d’euros. Au total, le montage financier envisagé pour la zone industrielle de Kribi approche ainsi 795 millions d’euros
Pour la BAD, ce projet représente un levier destiné à attirer des investissements privés autour d’une infrastructure portuaire devenue stratégique en Afrique centrale. « L’État garantit la vision stratégique, la stabilité et l’alignement avec les priorités nationales ; le secteur privé apporte le capital, l’expertise technique, la rapidité d’exécution et l’innovation ; la Banque africaine de développement assure le leadership financier, la structuration des financements et la cohérence d’ensemble », a expliqué Léandre Bassolé, directeur général du bureau régional de développement, d’intégration et de prestation de services pour l’Afrique centrale du Groupe de la Banque.
Selon l’institution, l’objectif est de catalyser les investissements autour du port autonome de Kribi afin de soutenir la transformation industrielle du Cameroun. En s’impliquant dans le financement du projet, la BAD entend contribuer à la création d’emplois durables, à l’essor du secteur manufacturier et à l’amélioration de la compétitivité du pays sur les marchés régionaux et internationaux. Le projet avait d’ailleurs été présenté aux investisseurs lors de l’Africa Investment Forum 2024 organisé à Rabat.
Au-delà de l’appui financier, la BAD prévoit également un accompagnement technique pour la mise en œuvre du projet. L’institution entend renforcer les capacités locales et veiller à l’intégration de standards élevés en matière d’efficacité énergétique, de gestion durable des ressources et de résilience climatique dans la conception de la zone industrielle.
Adossée au port autonome de Kribi, devenu l’un des hubs portuaires les plus importants du continent, la future plateforme industrielle vise à soutenir la diversification de l’économie camerounaise. Le projet s’inscrit dans le Plan directeur d’industrialisation et dans la Stratégie nationale de développement du pays.
Les projections économiques liées à la zone industrielle sont ambitieuses. D’ici 2040, les exportations de cacao et de produits dérivés devraient passer de 11 487 tonnes en 2025 à 191 639 tonnes. Le projet prévoit également la création d’au moins 50 000 emplois directs et près de 150 000 emplois indirects, tout en générant une hausse significative des recettes fiscales.
Pour Patrice Melom, président du conseil d’administration de KPIZ et directeur général du Port autonome de Kribi, cette initiative doit permettre de combiner la performance d’une infrastructure portuaire en eau profonde et l’expertise d’investisseurs internationaux afin de bâtir une zone industrielle portuaire de dimension internationale.
Par Drissa Ouattara


