Le gouvernement ghanéen a annoncé, pour la campagne cacaoyère 2025/2026, une hausse historique du prix à la production du cacao. La tonne passe ainsi de 3 100 à 5 040 dollars US, soit environ 2,85 millions de FCFA, à compter du jeudi 07 août 2025. Cette revalorisation correspond à 70 % de la valeur brute franco à bord (FOB), un objectif que le président John Mahama s’était engagé à atteindre pour soutenir les producteurs.
Cette augmentation du prix n’est pas le fruit du hasard. Elle découle d’une série de mesures mises en œuvre en amont, dans le but de revitaliser une filière essentielle à l’économie ghanéenne.
Dès le deuxième trimestre 2025, dans un contexte de stabilité du cedi et de baisse de l’inflation, le gouvernement a choisi de maintenir le prix du sac de cacao à 167 000 FCFA (3 100 GH¢), alors même que la conjoncture permettait un ajustement à la baisse. Cette stratégie a permis de protéger les revenus des producteurs, grâce à une subvention directe de 60 000 FCFA (1 114 GH¢) par sac. En parallèle, cela a contribué à stabiliser le marché local.
Grâce à cette politique, la part des producteurs dans la valeur FOB, qui était de 63,9 % sous l’administration précédente, a atteint 99 %, créant ainsi les conditions idéales pour une hausse durable du prix à la production.
C’est dans ce contexte favorable que le gouvernement a fixé le nouveau prix à 51 660 GH¢ la tonne, soit environ 2,78 millions de FCFA, ce qui revient à 174 270 FCFA par sac de 64 kg. Ce montant représente 70 % de la valeur FOB, fixée cette année à 4,10 millions de FCFA (7 200 dollars US), un niveau jamais atteint auparavant.
Cette décision marque une rupture avec les pratiques antérieures où, malgré des conditions de marché parfois favorables, les producteurs percevaient une part inférieure à ce seuil.
Dans la foulée de la revalorisation du prix du cacao, plusieurs initiatives ont été annoncées afin de soutenir durablement le secteur cacaoyer. Tout d’abord, le Ghana Cocoa Board (COCOBOD) a mis à disposition des sacs de jute et la logistique associée pour le bon démarrage de la saison des récoltes 2025/2026.
Le gouvernement a réintroduit, dès la campagne 2025/2026, un programme d’engrais gratuits destiné aux producteurs. Ce programme comprend la distribution d’engrais granulés et liquides, d’insecticides, de fongicides, de pulvérisateurs, ainsi que d’inducteurs de floraison. L’objectif est de stimuler les rendements et d’alléger les charges des cultivateurs.
Par ailleurs, un programme de bourses d’études supérieures sera mis en place pour les enfants de producteurs de cacao. Les modalités de mise en œuvre seront élaborées par le COCOBOD au cours de la saison 2025/2026, pour une entrée en vigueur à partir de l’année scolaire 2026/2027.
Le gouvernement a également annoncé l’instauration d’un système national de traçabilité du cacao. Ce dispositif permettra de suivre chaque lot de cacao, depuis la parcelle de production jusqu’au port d’expédition. Il vise notamment à assurer la conformité du cacao ghanéen avec le règlement de l’Union européenne contre la déforestation, qui entrera en vigueur le 31 décembre 2025.
En parallèle, le Comité d’examen des prix à la production a également validé un ensemble de tarifs, de marges et de frais applicables à l’ensemble des acteurs de la chaîne d’approvisionnement du cacao. Cette décision concerne notamment la marge accordée aux acheteurs, les taux appliqués aux transporteurs, les coûts liés à l’entreposage et au marketing interne, les frais de désinfestation, ainsi que ceux relatifs au classement, au scellement des sacs de cacao et à l’inspection des balances utilisées lors de la pesée.
Enfin, une réforme structurelle du COCOBOD a été engagée. L’organisme se recentrera sur sa mission principale, qui est d’améliorer les rendements, de structurer la chaîne de valeur du cacao et de veiller au bien-être des producteurs. Dans ce cadre, le gouvernement a interdit au COCOBOD de mener des activités quasi fiscales. Ainsi, les projets de routes cacaoyères en cours seront transférés au ministère des Routes et des Autoroutes, afin de permettre au COCOBOD de se concentrer exclusivement sur le développement du secteur cacaoyer.
Avec cet ensemble de mesures, le gouvernement entend repositionner le Ghana comme un acteur majeur sur le marché international du cacao. L’objectif affiché est d’atteindre une production de 650 000 tonnes en 2025/2026 afin d’augmenter significativement les revenus des producteurs et de consolider la place du cacao comme pilier de l’économie nationale.
Par Leila Toé


