Le Niger invite le Togo à se joindre à l’ambitieux projet régional d’exploitation du charbon de Salkadamna. Ce complexe, destiné à produire jusqu’à 5 200 MW d’électricité, pourrait permettre au Togo de diversifier son bouquet énergétique et de renforcer sa sécurité d’approvisionnement.
Après le Burkina Faso et le Mali, c’est au tour du Togo d’être sollicité pour intégrer la plateforme régionale de coopération autour du projet de Salkadamna, au Niger. La ministre nigérienne de l’Énergie, Amadou Haoua, a été reçue à Lomé pour présenter les contours de ce projet stratégique aux autorités togolaises, dont le président Faure Gnassingbé.
L’ambition de Niamey est de faire de Salkadamna un pilier de la souveraineté énergétique en Afrique de l’Ouest. Le projet prévoit l’exploitation de 69 millions de tonnes de charbon dans la région nigérienne de Tahoua, ainsi que la construction d’un complexe énergétique intégré comprenant une centrale thermique de 5 200 MW, une mine à ciel ouvert, des lignes de transport régionales et une usine de briquettes de charbon d’une capacité de 100 000 tonnes par an.
Le Togo, qui vise l’accès universel à l’électricité d’ici 2030, a accueilli favorablement l’initiative. Pour Robert Eklo, ministre togolais des Mines et des Ressources énergétiques, le projet est à la fois « intégré et intégrateur ». Il s’agit d’un système énergétique complet, de la mine à la production et à la distribution, qui pourrait desservir non seulement les pays de l’Alliance des États du Sahel, mais aussi le Togo et le Tchad grâce à des interconnexions régionales.
En rejoignant la plateforme, le Togo pourrait bénéficier d’une énergie plus abondante, moins coûteuse et moins dépendante des fluctuations internationales. Actuellement, le pays importe une part importante de son énergie sous forme de gasoil et de fuel lourd pour ses centrales thermiques, ce qui alourdit sa facture énergétique.
Si le Togo a multiplié ces dernières années les investissements dans le solaire, à l’image du projet photovoltaïque de 400 MWc annoncé récemment, l’intégration d’une source régionale de charbon pourrait jouer un rôle de stabilisation dans un contexte géopolitique incertain.
Le projet de Salkadamna offrirait ainsi une complémentarité bienvenue : utiliser le charbon comme énergie de base, tout en réservant les énergies renouvelables aux pics de demande et à l’électrification rurale.
Selon les autorités nigériennes, le chantier est déjà en cours avec une phase pilote de 600 MW lancée. Le projet est porté par le groupe WANDA, un conglomérat nigérien, en partenariat avec la société chinoise HEC et l’indienne Kalpa-Taru, dans le cadre d’un partenariat public-privé. Son extension à l’échelle régionale nécessite toutefois l’adhésion d’autres pays afin de mutualiser les investissements et les infrastructures de transport électrique.
Par Leila Toé


