Séance-débat présidentielle à l’IATF 2025 : la ZLECAf au cœur des stratégies de diversification économique en Afrique

La Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025), organisée en Algérie par la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), a accueilli une séance-débat présidentielle placée sous le thème « Faire de l’Afrique une force économique à travers la concrétisation de la ZLECAf ». Dix chefs d’État et de gouvernement, aux côtés de l’ancien président nigérien Mahamadou Issoufou, champion désigné de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), ont exposé leur vision sur les politiques industrielles, la diversification et l’intégration économique du continent. Présidée par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, cette rencontre de haut niveau a permis de mettre en avant les stratégies nationales et les défis structurels qui conditionnent l’essor économique de l’Afrique.

Le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a détaillé la Stratégie nationale de croissance accélérée et de prospérité partagée (SNCAPP), qui fixe des objectifs ambitieux : un taux de croissance supérieur à 7 % par an, une réduction du taux de pauvreté à 20 % et une contribution accrue du secteur industriel au PIB, visée à 15 %.

Pour atteindre ces cibles, Nouakchott compte sur ses ressources naturelles et énergétiques. Dans le secteur minier, qui représente 20 % du PIB et 76 % des exportations, de nouveaux projets visent à porter la production de minerais transformés à 35 millions de tonnes par an. Des projets aurifères et cuprifères (cuivre) sont également en cours, avec l’objectif d’encourager la transformation locale.

Le président mauritanien a aussi insisté sur le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim, dont la première phase produira 2,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an, avant de doubler, puis d’atteindre « 10 millions de mètres cubes » à l’horizon 2030. À cela s’ajoute un vaste potentiel en énergies renouvelables, avec un objectif de porter leur part dans le mix énergétique de 42 % actuellement à 70 % d’ici 2030.

En matière d’infrastructures, la Mauritanie mise sur la modernisation des ports – dont celui de Nouakchott, désormais doté d’une capacité de 5 millions de tonnes –, la construction d’un port en eau profonde à Nouadhibou et le développement du port multifonctionnel de N’Diago. Trois grands projets routiers visent également à réduire les coûts logistiques de 25 % à 10 %, conformément à la moyenne africaine. « Nous sommes déterminés à faire de notre énorme potentiel en minerais, pêche, gaz, énergies renouvelables, hydrogène vert et autres, un levier de prospérité partagée au profit du continent », a conclu le président mauritanien.

Tchad : transformer l’enclavement en opportunité

Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a, d’entrée de jeu, souligné l’importance stratégique de la ZLECAf, la qualifiant de « choix destiné à transformer nos frontières ». « La création de cette zone de libre-échange en 2018 a ouvert une ère nouvelle dans le combat commencé par nos aînés en faveur du panafricanisme », a indiqué le dirigeant tchadien.

Il a également rappelé qu’avec l’initiative de la ZLECAf, l’Afrique bâtit le plus vaste marché intégré du monde, regroupant plus de 1,4 milliard de consommateurs. Ce qui offre aux entreprises africaines, en particulier aux PME, des perspectives et des débouchés pour accéder à de nouveaux marchés, diversifier leurs productions et créer des chaînes de valeur entièrement africaines.

Pour le cas spécifique du Tchad, le Maréchal Itno a indiqué que l’accent est mis sur quatre leviers dans le but de relever les défis de l’enclavement géographique et de la dépendance au pétrole. Il s’agit notamment du transport, de la logistique, de l’énergie et du digital. Des projets structurants sont en cours, tels que l’interconnexion ferroviaire avec le Soudan, le Cameroun, le Nigeria et l’Égypte, ainsi que la route transsaharienne reliant le Tchad à l’Algérie via le Niger.

Dans le secteur agricole et de l’élevage, qui occupe 80 % de la population, N’Djamena veut orienter la production vers les marchés régionaux et développer des chaînes de valeur locales pour des produits comme la viande, le lait, le sésame ou la gomme arabique. « La prospérité de nos pays et la puissance de notre continent sur l’échiquier international dépendent de l’énergie que nous mettons pour rendre effectif le rêve d’une Afrique, d’un seul peuple avec un seul marché », a martelé le président tchadien.

Le président du Mozambique, Daniel Chapo, a, quant à lui, réaffirmé la volonté de son pays de « transformer la ZLECAf en réalité concrète », tandis que le Premier ministre burundais, Nestor Ntahontuye, voit dans l’IATF « une opportunité pour lever les obstacles au commerce intra-africain ».

Le président du Conseil présidentiel libyen, Mohamed Younès El Menfi, a exprimé la volonté de Tripoli de « jouer un rôle plus important dans la promotion de l’intégration économique du continent » et de contribuer à la création d’une valeur commune.

Pour le président tunisien Kaïs Saïed, la ZLECAf représente bien plus qu’un cadre économique. « La ZLECAf est un projet civilisationnel qui vise à construire le continent de manière intégrée et à permettre aux peuples de retrouver leur pleine souveraineté sur leurs ressources spoliées pour que l’Afrique soit aux Africains », a-t-il conclu.

ZLECAf : un projet continental porteur d’espérance

Au terme de cette séance-débat, un message clair se dégage : la ZLECAf n’est pas seulement un outil de commerce, mais un projet de développement, d’industrialisation et d’émancipation économique du continent. Tous les dirigeants présents ont souligné l’urgence d’accélérer les réformes, de renforcer les infrastructures et de valoriser les ressources locales pour transformer l’Afrique en une véritable puissance économique mondiale.

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