Les Perspectives économiques régionales de l’Afrique subsaharienne du Fonds Monétaire International (FMI), édition octobre 2025, intitulée « Tenir Bon », ont été officiellement présentées à Ouagadougou, lors d’une séance d’échanges organisée par la Représentation résidente du FMI au Burkina Faso, en collaboration avec le ministère de l’Économie et des Finances. Cette rencontre, qui s’est tenue à l’Institut supérieur des sciences de la population de l’Université Joseph –KI ZERBO, a réuni des responsables publics, des partenaires techniques et financiers, des étudiants et des enseignants chercheurs, a servi de cadre aux commentaires des autorités burkinabè sur l’évolution récente de l’économie nationale et les choix stratégiques à venir.
Intervenant au nom du ministère de l’Économie et des Finances, Souleymane NABOLE, Conseiller Technique, a indiqué que le gouvernement partage globalement les conclusions du rapport du FMI, tout en défendant une lecture plus volontariste de la trajectoire économique du pays. Selon les projections nationales, la croissance économique du Burkina Faso pourrait atteindre 6,3 %, principalement portée par le dynamisme attendu du secteur des services.

Cette estimation est supérieure à celle issue des dernières discussions techniques avec les équipes du FMI, qui tablent sur une progression autour de 5 %. Pour les autorités, cet écart s’explique par plusieurs facteurs désormais mieux orientés, notamment la reprise progressive de la production agricole dans les zones sécurisées, le redémarrage des grands chantiers d’infrastructures et la relance graduelle de l’activité économique dans certaines régions du pays.
Dans un contexte international encore marqué par des tensions sur les prix et les chaînes d’approvisionnement, la question de l’inflation a également occupé une place centrale dans les échanges. Les autorités se veulent toutefois rassurantes, estimant que l’économie burkinabè devrait faire preuve d’une résilience relative face aux pressions inflationnistes, avec une déflation en 2025 à 0,5%.
Le rapport du FMI attire en revanche l’attention sur l’évolution des coûts d’emprunt, un diagnostic que les autorités disent partager. Le service de la dette, évalué à environ 13 %, constitue une contrainte réelle pour les finances publiques. Face à cette situation, le gouvernement affirme avoir engagé un recentrage stratégique dans le cadre du nouveau cadrage de la politique nationale de développement, avec pour orientation majeure la réduction du recours à l’endettement et la limitation de la charge de la dette.

Cette inflexion s’appuie sur une dynamique accrue de mobilisation des ressources intérieures, présentée comme un pilier de la souveraineté budgétaire. À fin novembre 2025, les recettes mobilisées affichent une hausse de plus de 570 milliards de FCFA par rapport à la même période en 2024. Une performance notable, obtenue dans un environnement économique difficile, que les autorités attribuent à une amélioration de la gouvernance budgétaire et à un changement de paradigme dans la gestion des finances publiques.
La consolidation budgétaire demeure ainsi au cœur de l’action gouvernementale. Pour l’exercice en cours, l’exécutif entend poursuivre des efforts tout en engageant des réformes structurelles ambitieuses, afin d’éviter les dérives pointées par les analyses du FMI.
La conjoncture favorable liée à la hausse des cours de l’or sur le marché international a également été évoquée. Si cette situation apporte un soutien conjoncturel aux finances publiques, les autorités rappellent le caractère volatil de cette ressource. D’où l’importance accordée aux politiques d’industrialisation, de diversification économique et de transformation locale, destinées à canaliser les excédents vers des investissements productifs et durables, tout en relançant l’activité dans les zones longtemps affectées par l’insécurité.
Sur le plan fiscal, la rationalisation des dépenses fiscales reste un chantier permanent, avec la production régulière de rapports d’évaluation. Des avancées sont par ailleurs revendiquées en matière de fiscalité foncière, à travers les programmes de digitalisation et de numérisation en cours. L’objectif est de sécuriser les droits fonciers, d’assainir les bases de données et d’élargir l’assiette fiscale, sans alourdir la pression sur les contribuables.

Enfin, les autorités estiment avoir déjà intégré plusieurs recommandations majeures du FMI, notamment en matière de mobilisation des ressources intérieures, dont l’objectif est d’atteindre 65 % des ressources globales. Quant au recours à l’endettement, il est désormais soumis à un processus renforcé, allant de la conception des projets à leur validation en Conseil des ministres, avec une évaluation systématique de leur valeur ajoutée économique afin de s’assurer que chaque franc emprunté serve effectivement à des investissements productifs, évitant ainsi un endettement improductif ou purement théorique.
À travers cette approche, le Burkina Faso cherche à concilier relance de la croissance, discipline budgétaire et transformation structurelle de son économie, dans un environnement encore fragile, mais porteur d’opportunités. Une équation complexe, au cœur des débats économiques ouverts lors de cette présentation officielle des perspectives du FMI à Ouagadougou.
Par Drissa Ouattara


