Industrie : l’État burkinabè met fin au contrôle du groupe français Géocoton sur la SN-Citec

Le Burkina Faso a décidé de reprendre en main l’une des plus anciennes et plus stratégiques unités agroalimentaires du pays. Réuni le 20 novembre 2025, le Conseil des ministres a acté la nationalisation de la Société nouvelle Citec (SN-Citec), jusque-là sous contrôle majoritaire du groupe français Géocoton. Cette décision marque un tournant dans la politique industrielle nationale, portée par la volonté de renforcer la souveraineté économique et d’assurer la disponibilité des produits de base, en particulier les huiles alimentaires.

Selon le ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, Serge Poda, deux textes ont été adoptés : le décret portant nationalisation de la société et celui établissant son nouveau statut, qui en fait désormais une entreprise détenue à 100% par l’État. Pour les autorités, il était devenu essentiel de sécuriser cette unité industrielle fondée en 1941 et qui occupe une place historique dans la filière des oléagineux et des produits dérivés. Privatisée en 1995, la SN-Citec constitue une part importante de l’approvisionnement national en huiles, savons et tourteaux destinés à l’élevage.

Jusqu’à cette décision, 53% du capital appartenaient à l’actionnaire majoritaire Geocoton, 34% à la Sofitex et 13% à des investisseurs nationaux. Selon le Gouvernement, lorsque le groupe français a signifié son intention de céder ses parts, il s’est rapidement positionné pour les racheter, dans la continuité du recentrage sur les filières stratégiques prôné par le président Ibrahim Traoré.

Selon l’executif les discussions ont été compliquées par un point jugé crucial par l’État : une dette contractée par Géocoton au nom de la SN-Citec, utilisée à la fois pour ses propres activités et pour soutenir certaines filiales au Burkina Faso et au Togo. Les autorités souhaitaient que cette dette soit clarifiée dans le cadre des négociations, afin de reprendre une société assainie et capable de jouer pleinement son rôle dans la chaîne d’approvisionnement. Face au refus catégorique de l’actionnaire majoritaire d’aborder ce point, et à l’approche de la nouvelle campagne de production, le gouvernement a estimé que la situation risquait d’affecter les stocks et les prix intérieurs. La nationalisation s’est alors imposée comme la solution pour éviter un déséquilibre sur le marché et garantir une gestion conforme aux priorités nationales. L’État procédera à l’indemnisation des actionnaires concernés dans le cadre de ce processus.

Histoire du Groupe Advens et de sa filiale Géocoton

Cette décision intervient au terme d’un long parcours marqué par plusieurs transformations. Fondée en 1941 sous le nom de Comptoir des Industries Textiles (CITEC) par les établissements Boussac, la société a changé de dénomination en 1967 pour devenir la Société des Huiles et Savons de Haute-Volta (SHSHV), spécialisée dans la transformation de l’arachide, du karité et dans la fabrication de savons. En 1972, elle a été transférée en zone industrielle de Bobo-Dioulasso, avec une unité moderne consacrée à la production d’huiles et de savons. Rebaptisée Société des Huiles et Savons du Burkina (SHSB) en 1984, elle devient une société d’économie mixte au capital de 1,5 milliard FCFA, avant d’être privatisée en 1995 pour devenir la SN-Citec. En 2008, lors de la privatisation du groupe Dagris, la société passe sous le contrôle de Géocoton, filiale du groupe Advens.

Le groupe Advens occupe une place particulière dans cette histoire. Fondé en 1988 par Abbas Jaber, entrepreneur né à Dakar en 1958, issu d’une famille libanaise installée au Sénégal et de nationalité française, Advens a d’abord développé ses activités autour de l’exportation de matières premières agroalimentaires vers l’Afrique, notamment le sucre, la farine, le riz, le blé et les oléagineux. Au fil des années, le groupe s’est diversifié dans plusieurs segments économiques, incluant l’agro-industrie à travers Géocoton, la logistique, l’ingénierie, le négoce et la meunerie.

En 2005, Advens rachète la Sonacos, fleuron industriel sénégalais spécialisé dans la trituration et le raffinage de l’arachide. Deux ans plus tard, il prend le contrôle de Transrail, concessionnaire du chemin de fer Dakar-Bamako, avec l’accord des États concernés et le soutien de la Banque mondiale et de l’AFD, même si la vétusté de la ligne a fortement freiné les ambitions initiales. En 2008, Advens renforce encore sa présence en Afrique en rachetant Dagris, ex-CFDT, acteur historique du développement des filières coton en Afrique de l’Ouest et du Centre, un tournant stratégique qui inscrit durablement le groupe dans la filière coton. À partir de 2015, Advens se désengage de certaines activités au Sénégal pour recentrer son portefeuille sur le coton et ses dérivés.

Au Burkina Faso, la présence de Géocoton ne se limite pas à la SN-Citec. Le groupe contrôle également la Société cotonnière du Gourma (Socoma), active dans les zones du Gourma, de la Tapoa et de la Sirba. Cette société anonyme de droit burkinabè est détenue à 75% par Géocoton, 13% par l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina et 12% par des investisseurs privés locaux.

Par Drissa Ouattara

Les ressources utilisées dans la rédaction de cet article

Compte rendu du conseil des ministres du 20 novembre 2025

Accueil – Groupe Advens : Groupe Advens

SN-Citec – Société Nouvelle Huilerie et savonnerie Citec

::SOCOMA : Coton graine, Fibre de Coton, Sémence, Graine huilière, Linter, Aliment bétail

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