Le Burkina Faso vit une transformation silencieuse, mais profonde dans la gestion de sa dette publique. Selon le Tableau de bord statistique 2024 de la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique (DGTCP), l’encours de la dette est passé de 2 188 milliards FCFA en 2015 à 8 173 milliards FCFA en 2024, soit une progression annuelle moyenne de 15,8 %.
Une évolution portée par la dette intérieure : la dette intérieure dépasse désormais la dette extérieure
Depuis 2021, la dette intérieure est devenue prépondérante, représentant plus de 60 % de l’encours total en 2024, contre seulement 26,2 % en 2015. Cette montée en puissance s’explique par la multiplication des émissions de titres publics sur le marché régional de l’UEMOA et la titrisation des passifs de l’État, notamment les dettes envers des entreprises publiques (SONABHY), les certificats de détaxe du crédit TVA ou encore le rachat de créances, etc.
Cette évolution traduit la volonté du gouvernement burkinabè de mobiliser davantage la ressource locale pour financer le développement, réduisant ainsi la dépendance vis-à-vis des partenaires extérieurs.
Les titres publics (bons et obligations du Trésor) en constituent la principale composante, avec un encours de 3 746 milliards FCFA — soit près de 76 % de la dette intérieure. Les emprunts bancaires et dettes fournisseurs complètent la structure avec environ 19 %.
Cette stratégie s’appuie sur la dynamique du marché financier régional de l’UEMOA, qui s’impose comme un levier majeur de financement pour les États.
« Une grande partie de la dette du Burkina Faso est aujourd’hui détenue par des acteurs locaux, ce qui renforce la souveraineté financière nationale ».

Source : Tableau de bord statistique 2024 de la (DGTCP)
Les investisseurs locaux constituent de plus en plus le pilier du financement national
La confiance du secteur privé et des investisseurs institutionnels burkinabè s’est renforcée.
En 2024, les résidents représentent 77,6 % des souscripteurs aux émissions de titres publics, contre 44,8 % en 2021. Cette appropriation nationale favorise une circulation vertueuse de l’épargne dans l’économie et consolide la résilience financière du pays.
Cependant, les maturités restent courtes, concentrées entre 3 et 7 ans, exposant l’État à des risques de refinancement fréquents. Une politique d’allongement des maturités apparaît donc nécessaire pour stabiliser le profil de remboursement.
Une dette soutenable mais exigeante
Le service de la dette publique a fortement augmenté, passant de 168 milliards FCFA en 2015 à 1 034 milliards FCFA en 2024, dont 78 % concernent la dette intérieure.
Ce poids croissant sur la trésorerie publique appelle une gestion active et stratégique pour préserver la soutenabilité budgétaire.
La montée de la dette intérieure burkinabè illustre une autonomisation progressive du financement public, grâce à une meilleure utilisation du marché régional de l’UEMOA.
Mais cette réussite impose une discipline accrue :
- renforcer la transparence,
- diversifier les sources de financement,
- Favoriser les obligations longues (7-10 ans) avec des taux stables pour lisser les remboursements.
Le Burkina Faso avance dans la direction de la souveraineté financière fondée sur la confiance, la transparence et la mobilisation nationale. Le défi n’est plus de mobiliser les ressources, mais de garantir leur soutenabilité dans un contexte de recettes encore contraintes.
| Indicateur clé | 2015 | 2024 | Évolution |
| Encours de la dette publique | 2 188 Mds FCFA | 8 173 Mds FCFA | +15,8 %/an |
| Part de la dette intérieure | 44% | 60% | +17 pts |
| Part de la dette extérieure | 56,50% | 39,90% | -16,6 pts |
| Service total de la dette | 168 Mds FCFA | 1 034 Mds FCFA | +22,4 %/an |
Source : Tableau de bord statistique 2024 de la (DGTCP),


