L’Agence nationale de promotion de la finance inclusive (ANPFI) a tenu, le jeudi 11 juin 2026 à Ouagadougou, la première session ordinaire du Cadre de concertation sur la finance digitale (CCFD) pour l’année en cours. Organisée sous l’égide du ministère de l’Économie et des Finances, la rencontre a réuni des acteurs publics, des régulateurs, des prestataires de services financiers et des représentants de la société civile autour du thème : « Les risques liés à la digitalisation des produits et services financiers : quelle approche pour réduire la vulnérabilité des consommateurs de services financiers ? ».
Dans son discours officiel d’ouverture, le représentant du ministre de l’Économie et des Finances, le conseiller technique Souleymane Nabolé, a présenté les derniers chiffres sur la finance digitale au Burkina, démontrant l’ampleur de la transformation en cours. Le Burkina Faso, dit-il, a enregistré près de 1,9 milliard de transactions digitales en 2023, pour une valeur globale de 16 639 milliards FCFA. En 2024, le nombre de comptes de finance mobile actifs dépassait les 23 millions.

Cette progression soutenue reflète l’ancrage croissant des solutions de paiement électronique et des plateformes numériques dans le quotidien des Burkinabè, y compris dans les localités les plus éloignées des centres urbains. « La finance mobile progresse et, avec elle, la vision du Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, qui promeut la construction d’une économie souveraine, résiliente et innovante, capable d’offrir à chaque Burkinabè les moyens de participer pleinement à la création de la richesse nationale », a indiqué Souleymane Nabolé.
Mais l’expansion rapide du secteur ne va pas sans risques. Fraudes électroniques, usurpations d’identité, cyberattaques, atteintes à la confidentialité des données, pratiques commerciales peu transparentes ou encore erreurs de manipulation : autant de menaces susceptibles d’éroder la confiance des usagers. « Lorsque la rivière grossit, elle apporte aussi bien les poissons que les crocodiles », a imagé Souleymane Nabolé, soulignant la nécessité d’une régulation à la hauteur des enjeux. Pour lui, le progrès technologique, aussi prometteur soit-il, « impose une responsabilité tout aussi grande ».
La société civile en sentinelle
La session a également mis en lumière le rôle de la société civile dans la défense des intérêts des consommateurs. Dasmané Traoré, président d’honneur de la Ligue des consommateurs du Burkina (LCB), a rappelé que si la finance digitale facilite l’accès à l’épargne, au crédit et aux transferts, elle expose aussi ses utilisateurs à des risques réels, notamment les erreurs de transaction, l’utilisation abusive de données personnelles et les difficultés de recours en cas de litige.
Fondée en 1992 et reconnue d’utilité publique en 1997, la Ligue s’est engagée, à en croire son président d’honneur, à faire remonter les préoccupations du terrain vers les instances de régulation et de concertation. Une posture qui, selon son représentant, doit contribuer à la quiétude de la société pour un développement économique efficace et durable. « L’accès à des produits et des services financiers sûrs, transparents et de qualité constitue un enjeu majeur pour la large majorité de la population, contribuant ainsi à l’amélioration de ses conditions d’existence », a-t-il rappelé, soulignant que, dans cette optique, la Ligue des consommateurs demeure engagée aux côtés des acteurs concernés afin de promouvoir une finance digitale transparente.
Pour le directeur général de l’ANPFI, Wango Fidèle Yaméogo, le cadre de concertation s’est progressivement imposé comme un espace de dialogue entre les différentes parties prenantes de l’écosystème financier numérique.

Il offre, à ses dires, l’opportunité de croiser les expertises, de renforcer les synergies et d’identifier collectivement les meilleures approches face aux mutations profondes du secteur. « La présente session s’inscrit dans cette volonté de concertation et de recherche collective de solutions », a-t-il insisté.

Il a par ailleurs indiqué que la thématique de la session offrait l’opportunité de mener une réflexion sur les conditions « permettant de consolider les acquis de la digitalisation financière ». L’objectif, a-t-il poursuivi, est de préserver la confiance des utilisateurs et la qualité des services qui leur sont offerts.
Par David Yaméogo


