Sénégal : le gouvernement privilégie le reprofilage de la dette à une restructuration

Le Sénégal ne prévoit pas de restructurer sa dette publique, mais entend plutôt procéder à un reprofilage de ses obligations existantes. L’annonce a été faite mardi par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo devant les parlementaires, alors que le pays cherche à restaurer la soutenabilité de ses finances publiques après la découverte d’importantes irrégularités dans la déclaration de sa dette et de sa situation budgétaire.

« Ce n’est pas une restructuration, c’est un reprofilage », a déclaré le chef du gouvernement, précisant que cette opération consisterait notamment à prolonger les échéances et à renégocier les taux d’intérêt. Contrairement à une restructuration classique, qui peut entraîner une réduction du montant dû ou une modification substantielle des engagements envers les créanciers, le reprofilage vise principalement à alléger la pression des remboursements à court terme sans diminuer le principal de la dette.

Cette orientation intervient quelques jours après la conclusion entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) d’un accord au niveau des services pour un nouveau programme de financement triennal de 2,2 milliards de dollars. Ce nouvel appui doit accompagner les autorités sénégalaises dans leurs efforts pour rétablir la viabilité de la dette, renforcer la gestion des finances publiques et restaurer la confiance des investisseurs et des bailleurs internationaux.

Le précédent programme du FMI avait été suspendu en 2024 après qu’un audit a révélé une importante sous-déclaration de la dette et de la situation budgétaire du Sénégal sous l’ancien gouvernement. La découverte avait entraîné une dégradation de la confiance des partenaires financiers et contraint les nouvelles autorités à engager un important travail de rétablissement de la crédibilité budgétaire du pays.

Le ministère sénégalais de l’Économie et des Finances avait déjà indiqué que Dakar et le FMI s’étaient accordés sur un « cadre commun renforcé » destiné à rétablir la viabilité de la dette. Les autorités n’avaient toutefois pas détaillé les mesures qui seraient retenues pour atteindre cet objectif.

Les données financières du groupe illustrent l’ampleur du défi. Au 31 décembre 2025, Baobab Group affichait des dépôts de la clientèle de 363,9 milliards FCFA, contre 287,33 milliards FCFA un an plus tôt, tandis que les crédits à la clientèle atteignaient 617,33 milliards FCFA, contre 514,2 milliards FCFA en 2024.

Parallèlement à la stratégie de gestion de la dette, le gouvernement sénégalais entend également revoir les conditions d’exploitation de ses ressources naturelles. Ahmadou Al Aminou Lo a ainsi indiqué aux députés que l’État renégociait environ 30 accords miniers. Dakar cherche à obtenir davantage de retombées économiques de ses ressources minérales, tout en préservant l’attractivité du pays pour les investisseurs et les capitaux étrangers.

La combinaison du reprofilage de la dette et de la renégociation des contrats miniers constitue un volet important de la nouvelle stratégie économique du gouvernement. Sa mise en œuvre sera particulièrement scrutée par les marchés financiers et les partenaires internationaux, puisqu’elle pourrait avoir des conséquences sur le coût des emprunts du Sénégal, ses relations avec ses créanciers et, plus largement, sur l’environnement d’investissement dans le pays.

Cette stratégie intervient également dans un contexte de changement à la tête du gouvernement. Ahmadou Al Aminou Lo a été nommé Premier ministre en mai, trois jours après le limogeage du gouvernement dirigé par Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye. Ousmane Sonko, qui s’était auparavant opposé à une restructuration de la dette, exerce désormais les fonctions de président de l’Assemblée nationale.

En privilégiant le reprofilage plutôt qu’une restructuration conventionnelle, le gouvernement sénégalais entend donc desserrer la contrainte liée au service de la dette sans procéder à une modification de fond des obligations du pays envers ses créanciers. Cette approche devra désormais être accompagnée de mesures budgétaires suffisamment crédibles pour permettre au Sénégal de rétablir durablement la soutenabilité de sa dette, tout en préservant la croissance économique et la confiance des investisseurs.

Par Amhed Coulibaly

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