Nairobi a servi de cadre, le 8 décembre 2025, à l’annonce d’une avancée majeure pour l’aviation africaine. L’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA) a confirmé l’entrée en vigueur, le 30 octobre 2025, du déploiement opérationnel complet de l’espace aérien à routes libres (FRA) dans la région d’Afrique occidentale et centrale. Cette mise en œuvre marque un tournant stratégique attendu depuis les premiers essais réalisés en novembre 2023 et redéfinit déjà la manière dont les compagnies aériennes opèrent sur le continent.
Le principe du FRA repose sur les User Preferred Routes (UPR), des routes directes calculées en fonction des conditions de vol en temps réel plutôt que d’itinéraires fixes. Cette flexibilité donne aux pilotes la possibilité d’optimiser leurs trajets en intégrant des paramètres comme la météo et la direction des vents. Les gains sont immédiats : consommation réduite, temps de vol raccourcis, baisse des émissions de carbone et amélioration globale de l’efficacité opérationnelle. Une innovation qui s’inscrit pleinement dans les engagements du secteur en faveur d’un transport aérien plus durable.
Depuis 2023, la Banque Africaine d’Import-Export (Afreximbank) accompagne le projet aux côtés de l’AFRAA, de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et du Groupe de planification et de mise en œuvre du FRA Afrique-Inde. La décision d’étendre l’utilisation du FRA résulte d’un consensus entre exploitants aériens et prestataires de services de navigation aérienne, consensus scellé lors d’un atelier technique à Dakar. Cet alignement institutionnel témoigne d’une volonté continentale d’élever le niveau des infrastructures aéronautiques.
Pour Abdérahmane Berthé, Secrétaire général de l’AFRAA, le cap franchi est « un changement de donne » pour les compagnies africaines. Il insiste sur la portée collective de cette réussite, fruit d’une coopération étroite entre les acteurs régionaux, de l’ASECNA à la NAMA nigériane, en passant par la GCAA du Ghana, la RVA ou encore la FIR Roberts. L’initiative s’inscrit dans une démarche de compétitivité mais aussi de responsabilité environnementale, un enjeu central pour un secteur confronté à des exigences mondiales de réduction d’empreinte carbone.
Kanayo Awani, Vice-présidente exécutive d’Afreximbank, rappelle pour sa part que l’efficacité du transport aérien constitue un pilier du commerce intra-africain. En soutenant la mise en place du FRA, la banque renforce les fondations du Marché unique du transport aérien africain (SAATM) et de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), tout en mobilisant ses propres instruments financiers, comme sa plateforme de location d’aéronefs, pour accélérer l’intégration continentale.
Les premiers résultats confirment l’ampleur des bénéfices attendus. Six compagnies majeures – Ethiopian Airlines, Kenya Airways, EGYPTAIR, Royal Air Maroc, RwandAir et ASKY Airlines – ont obtenu l’autorisation d’exploiter des UPR reliant 30 paires de villes stratégiques. L’impact annuel anticipé est significatif : plus de 1 393 heures de vol économisées, près de 5 000 tonnes métriques de carburant épargnées, environ 16 000 tonnes d’émissions de CO₂ évitées et une économie estimée à 15 millions de dollars sur la facture carburant. Des chiffres qui illustrent concrètement la transformation en cours.
Depuis fin octobre 2025, l’espace aérien WACAF est ouvert à toutes les compagnies souhaitant planifier des routes libres. Les prestataires de navigation aérienne se sont engagés à répondre à chaque demande d’UPR sous 48 heures. À partir de la mi-2026, après la finalisation des formalités dans les 24 États membres de la zone, ces demandes ne nécessiteront même plus d’approbation, simplifiant davantage le processus et uniformisant l’accès à l’espace aérien régional.
Le succès enregistré en Afrique occidentale et centrale ouvre désormais la voie à une nouvelle ambition continentale. En 2026, les efforts se concentreront sur la région Afrique orientale et australe, avec l’objectif de clore les essais et d’y instaurer à son tour un espace aérien à routes libres. Une plateforme de coordination en ligne sera également développée afin de faciliter l’harmonisation entre compagnies aériennes et prestataires de services.
Par Drissa Ouattara


