Lors de son investiture le 26 octobre 2025, le Dr George Elombi a pris officiellement les rênes de l’African Export-Import Bank (Afreximbank) devant des milliers de participants venus de toute l’Afrique et des Caraïbes. Dans un discours qui a duré près d’une heure, le nouveau président a présenté une vision ambitieuse pour le développement économique du continent, centrée sur la transformation du commerce africain et la création de valeur locale.
Pour le Dr Elombi, l’Afrique ne peut plus se contenter d’exporter des matières premières brutes. « Sans production locale, il ne peut y avoir de commerce », a-t-il affirmé, soulignant que la prospérité du continent repose sur la transformation des ressources africaines et la production de biens à valeur ajoutée. Selon lui, l’avenir économique de l’Afrique se joue dans la fabrication de biens intermédiaires et finis, capables de générer des richesses, de créer des emplois et de renforcer l’autonomie économique des pays africains.
Sa stratégie repose sur six axes majeurs. Le premier concerne la transformation locale des minerais stratégiques. Afreximbank prévoit la création d’une nouvelle fenêtre de financement dédiée aux projets qui transforment les matières premières en produits semi-finis ou finis. L’institution veut ainsi développer des chaînes de valeur régionales et soutenir des industries locales. « Plutôt que d’exporter le lithium brut de la République démocratique du Congo, nous financerons des usines locales de production de batteries lithium-ion. Le même principe s’appliquera à la bauxite, au cuivre ou à d’autres minerais stratégiques », a expliqué le président Elombi. Cette approche vise à retenir la richesse sur le continent, créer des emplois qualifiés et stimuler la croissance industrielle africaine.
Le deuxième axe stratégique vise à renforcer le commerce intra-africain et l’intégration régionale via la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Pour le président Elombi, la réussite de la transformation économique repose sur la capacité des pays africains à trouver des débouchés pour leurs produits. Afreximbank entend lever les barrières commerciales, moderniser les infrastructures transfrontalières et faciliter la libre circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux. Le Programme Africa Trade Gateway (ATG) sera renforcé pour accompagner les PME africaines et les aider à tirer pleinement parti du marché unique africain.
Le troisième axe porte sur le développement des infrastructures essentielles. Selon Dr Elombi, le réseau actuel — routes, voies ferrées, ports, énergie — reste fragmenté et vétuste, freinant le commerce intra-africain et alourdissant les coûts logistiques. Afreximbank prévoit d’investir dans des projets d’infrastructure « dures » et « souples », allant des routes et chemins de fer aux plateformes numériques et systèmes réglementaires simplifiés, en favorisant les partenariats public-privé et la coordination régionale. L’objectif est de créer un écosystème intégré qui optimise les infrastructures existantes et ouvre de nouveaux marchés aux pays voisins.
Le quatrième axe est centré sur l’innovation et les technologies numériques. Afreximbank entend renforcer ses plateformes numériques telles qu’Africa Trade Exchange (ATEX) et Africa Trade Gateway (ATG), tout en intégrant l’intelligence artificielle et l’analyse avancée pour stimuler le commerce intra-africain. Le président Elombi a également évoqué l’opportunité d’une monnaie numérique panafricaine pour renforcer l’intégration financière du continent à l’ère digitale et faciliter les transactions transfrontalières.
Le cinquième axe concerne la mobilisation du capital africain mondial. Afreximbank souhaite relier les fonds souverains, les investisseurs de la diaspora et les capitaux privés aux opportunités de croissance sur le continent. Des instruments financiers innovants et des plateformes de co-investissement permettront de canaliser ces ressources vers des projets transformateurs, favorisant la souveraineté économique et la création de richesses locales. Le président Elombi a imaginé la création d’un « réseau panafricain virtuel de fonds souverains » pour mutualiser le capital africain et le diriger vers des projets d’infrastructures et industriels transcontinentaux.
Le sixième et dernier axe repose sur la solidité financière et les partenariats stratégiques. Avec un objectif ambitieux de porter le bilan d’Afreximbank à 350 milliards de dollars (environ 210 000 milliards FCFA) sur dix ans, l’institution entend financer des projets à fort impact dans tous les secteurs économiques. Afreximbank compte également renforcer ses alliances avec la Banque africaine de développement, l’Union africaine, la CARICOM et d’autres institutions financières, afin de créer un écosystème financier africain cohérent et capable de répondre aux défis commerciaux et de développement à l’échelle continentale.
À travers ces initiatives, Dr George Elombi entend faire d’Afreximbank un véritable catalyseur du développement africain, en transformant le commerce, en stimulant l’industrialisation, en favorisant l’intégration régionale et en mobilisant le capital africain pour construire une Afrique prospère et résiliente.
Par Drissa Ouattara, Le Caire ( Egypte )



