Dans le cadre de la vulgarisation des comptes extérieurs, la Direction nationale de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pour le Burkina a fait le choix, en 2025, d’organiser une séance d’initiation aux concepts clés et de présentation du profil des comptes extérieurs en 2023 aux médias. Cette approche, selon le Conseiller du directeur national de la BCEAO, Richard Kima, a pour but de permettre aux journalistes de s’approprier tout le processus d’élaboration des données de la balance des paiements et, en toute autonomie, d’analyser les chiffres de la balance des paiements.

Alidou Guigma, chargé de la balance des paiements à la BCEAO, a défini la balance des paiements comme étant un état statistique qui enregistre les transactions économiques entre un pays et le reste du monde pour une période donnée. Ces transactions portent sur les biens, les services, les revenus, les capitaux et les flux financiers. Pour lui, elle est un outil d’aide à la décision et de formulation de politique économique, car elle permet une fine connaissance de la viabilité extérieure de l’économie, dont le principal indicateur est la balance des transactions courantes, composée des comptes de biens, de services, de revenus primaires et secondaires.
Résultats du rapport annuel 2023 de la balance des paiements et PEG
Au cours de cette formation, la direction de la BCEAO a présenté les résultats du rapport annuel 2023 de la balance des paiements. Ainsi, les opérations courantes du Burkina Faso avec l’extérieur en 2023 ont dégagé un besoin de financement à hauteur de 354,4 milliards de francs CFA, en allègement de 260,4 milliards de francs CFA par rapport à son niveau de 2022.
La balance des transactions courantes est structurellement déficitaire, indiquant un nécessaire ajustement. En 2023, le déficit s’est réduit à 617 milliards de francs CFA après un pic de 875,7 milliards de francs CFA en 2022. En ce qui concerne les échanges de biens en 2023, ils ont enregistré un déficit de 56,7 milliards de francs CFA en raison de la baisse des exportations de 3,1 %, partiellement contrebalancée par la diminution des importations de 1,5 %. Les recettes totales des exportations en 2023 se sont établies à 3 209,1 milliards de francs CFA.
À en croire le directeur national de la BCEAO, Armand Badiel, l’or est demeuré le premier produit d’exportation du Burkina Faso avec un poids de 74,6 % du total des produits exportés. Il est suivi du coton avec 4,8 %, des animaux vivants avec un poids de 2,4 %, de la noix de cajou avec un poids de 2,3 % et du ciment avec un poids de 2 %, a-t-il ajouté. Le directeur de la BCEAO a poursuivi en affirmant que les cinq principaux produits vendus à l’extérieur représentent 86,1 % des recettes des ventes extérieures.

En ce qui concerne la destination des produits exportés, la Suisse est le principal client avec une part de 57 % des exportations totales, suivie des Émirats arabes unis et de la République du Mali, qui ont acheté respectivement 7,2 % et 5,7 % des exportations totales du Burkina Faso.
S’agissant des importations, les paiements y relatifs ont atteint 3 265,8 milliards de francs CFA en 2023. Les produits énergétiques, notamment les hydrocarbures et l’électricité, constituent le premier groupe des produits importés, dont la facture a été de 1 184 milliards de francs CFA, représentant 36,3 % du total des achats. Ils sont suivis par les biens intermédiaires, dont la facture a été de 723,9 milliards de francs CFA, représentant 22,2 % des importations.
Les biens d’équipement, constitués essentiellement de machines et appareils mécaniques ainsi que de matériel de transport, se sont établis à 600,2 milliards de francs CFA. Ils occupent la troisième place des importations avec un poids de 18,4 %. Les produits alimentaires et les autres biens de consommation ont enregistré des dépenses respectives de 421,8 milliards et de 279,1 milliards de francs CFA, représentant respectivement 12,9 % et 8,6 % des importations.
En 2023, la Côte d’Ivoire a été le premier fournisseur de biens au Burkina avec un poids de 15 % du total des importations, suivie par la Chine et la Russie avec des poids respectifs de 12,5 % et 8,1 %.
En 2023, le solde déficitaire du compte des services s’est fixé à 502,7 milliards de francs CFA, accusant un allègement de 14,3 %. Cette évolution s’explique notamment par le double effet de la reprise de l’activité touristique au Burkina Faso et de l’allègement de la facture du fret. En effet, les recettes touristiques réalisées ont été de 90,4 milliards de francs CFA, en hausse de 91,9 %, et la facture du fret s’est élevée à 349,1 milliards de francs CFA, en réduction de 2,3 %.
Le compte de revenu, qui enregistre les flux de salaires, les intérêts sur la dette publique extérieure ainsi que les bénéfices des investissements, est structurellement déficitaire. En 2023, son déficit s’est fixé à 544,4 milliards de francs CFA, bien en dessous de son niveau de -647,8 milliards de francs CFA enregistré en 2022. Dans les détails de ce compte, les paiements nets au titre des salaires sont de plus 16,1 milliards de francs CFA. Les paiements nets au titre de la rémunération du capital au profit des non-résidents se sont élevés à 547,1 milliards de francs CFA, et le paiement sur la dette extérieure a été de 169,6 milliards de francs CFA.
À l’inverse, le compte des revenus secondaires, qui enregistre les transferts courants sans contrepartie, est structurellement excédentaire. Son solde, en amélioration en 2023, s’est fixé à 486,9 milliards de francs CFA. Cette progression est en lien avec celle de la réception d’aides, en nature ou en espèces, sous forme d’assistance et de secours d’urgence, qui sont passées de 168,7 milliards de francs CFA à 178,7 milliards de francs CFA.
Aussi, les réceptions de fonds des travailleurs migrants au profit de leur famille vivant au Burkina Faso ont été de 316,4 milliards de francs CFA, en hausse de 25,7 milliards de francs CFA.
En plus du compte des transactions courantes, en 2023, les transferts en capital ont été reçus à hauteur de 262,7 milliards, permettant au Burkina Faso d’enregistrer un besoin de financement de 354,4 milliards de francs CFA, en réduction de 260,4 milliards par rapport à 2022.
Quant au compte financier, il enregistre les opérations sur les investissements directs étrangers (IDE), notamment des prises de participation par les non-résidents dans le capital social des entreprises résidentes ainsi que leurs prêts à leur filiale résidente. Le compte enregistre également les opérations concernant les flux d’investissement de portefeuille et d’autres investissements tels que les crédits commerciaux et les prêts.
En 2023, il a enregistré des entrées nettes de 11,1 milliards de francs CFA, contrastant avec les sorties nettes de 47,5 milliards de francs CFA réalisées en 2022. Ce changement de profil du compte est attribuable à une augmentation significative des investissements de portefeuille et, dans une moindre mesure, des investissements directs.
Au cours de l’année 2023, des entrées nettes de ressources financières à hauteur de 258 milliards de francs CFA et de 39 milliards de francs CFA ont été enregistrées respectivement au titre des investissements de portefeuille et des IDE. Concernant les autres investissements, une sortie nette de 285,9 milliards a été constatée.
Le déficit du solde global de la balance des paiements est en atténuation de 315 milliards de francs CFA pour se fixer à 347,7 milliards de francs CFA, en raison de l’allègement du déficit du compte des transactions courantes.

Enfin, parlant de la position extérieure globale (PEG), Alidou Guigma a affirmé qu’elle représente le patrimoine du Burkina Faso vis-à-vis du reste du monde. Son solde, structurellement déficitaire, s’est dégradé de 690,1 milliards de francs CFA en 2023 en raison de l’accroissement du stock des engagements financiers dans une proportion plus importante que celle des avoirs financiers. En 2023, le niveau des avoirs financiers était de 8 088 milliards de francs CFA, et celui des engagements s’est situé à 13 310 milliards de francs CFA.
En perspective pour l’année 2024, un allègement du déficit du compte courant de plus de 245 milliards est attendu, en raison de l’amélioration de la balance commerciale. Une importante entrée de ressources financières serait enregistrée en lien avec les développements notés dans les projets miniers.
Par Bernadette W.Gansonré


