À l’occasion de la deuxième journée de la 2e édition des Journées Portes Ouvertes (JPO) 2025 des Banques, un panel d’experts, de consultants et d’entrepreneurs s’est réuni pour débattre d’un enjeu crucial pour l’économie burkinabè : l’accompagnement des acteurs économiques. Au centre des échanges, les dispositifs existants, leurs limites et les conditions d’un accompagnement plus efficace et durable.
Depuis plusieurs années, le Burkina Faso a vu se multiplier les dispositifs destinés à soutenir les porteurs de projets et les petites entreprises. Les Services d’Appui et d’Encadrement (SAE), les incubateurs, les centres de ressources en entrepreneuriat rural ou encore l’Observatoire de la Qualité des Services Financiers (OQSF) participent, chacun à leur niveau, à structurer un environnement favorable à la création et à la consolidation des entreprises.
À côté de ces dispositifs institutionnels, de nombreux incubateurs et structures privées ont vu le jour, portés par la dynamique entrepreneuriale et l’intérêt croissant des jeunes pour la création d’entreprise. Leur rôle est d’offrir un accompagnement personnalisé, orienté vers la structuration des projets, l’accès au financement et le développement des compétences managériales.
Atouts, limites et pistes d’amélioration de ces dispositifs.
Selon Wilfried Kansié, membre de la Maison de l’Entreprise du Burkina Faso (MEBF), ces dispositifs répondent à un besoin réel. Il estime que « les services sont adaptés, mais perfectibles. Rien n’est figé. Les réalités évoluent, les besoins aussi. Il faut continuellement revoir nos approches et former nos équipes ».
Il rappelle que la MEBF, à travers ses antennes régionales, a initié le concept des centres de ressources en entrepreneuriat rural pour rapprocher l’accompagnement des territoires. « Trop souvent, les experts se concentrent dans les grandes villes. Or, dans les régions, les besoins en appui-conseil sont énormes. Ces centres permettent d’offrir un suivi de proximité aux promoteurs ruraux », a-t-il indiqué.
Kansié insiste sur la nécessité de professionnaliser le secteur du conseil. « C’est un métier qui s’est un peu désorganisé ces dix dernières années. Beaucoup se proclament consultants sans formation ni méthodologie. Cela nuit à la crédibilité de tout le système ». Pour lui, une labellisation des acteurs de l’accompagnement est indispensable afin de garantir la qualité des prestations. « Les structures d’appui devraient pouvoir certifier leurs consultants. Cela permettra de sécuriser les partenariats et de rassurer les entrepreneurs ». Il met également en avant l’importance du suivi post-accompagnement, souvent négligé dans les programmes financés. « On forme, on conseille, mais après le programme, plus rien. Pourtant, c’est à ce moment que les promoteurs ont le plus besoin d’appui ».
Il alerte aussi sur les risques d’assistanat que peuvent créer certains dispositifs, « Le bon accompagnement, c’est celui qui rend autonome. Il faut aider l’entrepreneur à se structurer, pas à dépendre éternellement des programmes ».
Mais sur le terrain, la réalité est parfois plus complexe.
Issa Tagnabié, entrepreneur et consultant, apporte un regard plus pragmatique, issu de son expérience quotidienne. Pour lui, les structures d’appui sont souvent confrontées à un obstacle majeur : la mentalité des porteurs de projets. « Le premier blocage, c’est l’entrepreneur lui-même. Beaucoup ont du mal à accepter les remarques ou à se remettre en question ». Selon lui, 80 % des jeunes entrepreneurs qui sollicitent un accompagnement ne recherchent qu’une chose : un financement. « Ils te disent clairement que leur seul problème, c’est l’argent. Ils ne veulent ni conseils, ni formation. Pourtant, quand tu regardes leur projet, il n’y a ni vision claire, ni modèle économique, ni données fiables ».
Issa illustre cette réalité par des exemples concrets, « Tu demandes le chiffre d’affaires, le seuil de rentabilité ou les coûts fixes, et il n’y a rien. L’entreprise existe depuis deux ans, mais aucune donnée n’est structurée. Malgré cela, ils pensent que si tu ne leur trouves pas de financement, tu n’es pas compétent ».
Pour lui, le rôle du coach ou du consultant est avant tout d’aider l’entrepreneur à se comprendre lui-même. « L’accompagnement doit être coconstruit. Ce n’est pas au consultant de faire le business plan à la place du porteur, mais de le guider pour qu’il s’approprie son projet ». Issa appelle également à une forme de responsabilisation économique. « Lorsqu’un porteur de projet investit lui-même dans son accompagnement, il s’implique davantage. C’est un signe de maturité. Quand tu payes, tu veux des résultats. Quand tout est gratuit, tu t’en fiches si le coach ne vient pas. »
À côté des structures d’appui, un autre acteur joue un rôle clé dans la relation entre entrepreneurs et institutions financières.
L’Observatoire de la Qualité des Services Financiers (OQSF), pour sa part, intervient sur un autre volet tout aussi essentiel : la médiation et l’éducation financière.
Evariste Diasso, médiateur financier à l’OQSF, souligne que « nous recevons de plus en plus de plaintes liées à une mauvaise compréhension des produits financiers ». Pour lui, l’éducation financière est un maillon fondamental de la réussite entrepreneuriale. Car les difficultés rencontrées entre entrepreneurs et institutions financières viennent surtout d’un déficit d’éducation financière. « Beaucoup de promoteurs signent des contrats de prêt sans les lire attentivement. Ils ne comprennent pas les taux, les pénalités, ni leurs droits ». L’OQSF a donc fait de la formation financière un axe central de son action. « Nous menons des campagnes de sensibilisation sur la gestion de la dette, de l’épargne, des budgets et des produits bancaires. Nous voulons que chaque entrepreneur soit capable de comprendre ce qu’il signe ». Il ajoute que l’OQSF joue aussi un rôle de médiation, « Lorsqu’il y a un différend entre une banque et un client, nous intervenons pour trouver une solution à l’amiable. C’est un service essentiel pour maintenir la confiance dans le système financier ».
Au-delà de la médiation, l’OQSF agit comme un véritable pont entre les consommateurs et les institutions financières. Son objectif est double, protéger les usagers des services financiers tout en favorisant la transparence et la qualité dans les relations avec les banques et les assurances. « Lorsque nous recevons une plainte, nous analysons si elle entre dans notre champ de compétence, puis nous contactons la banque ou l’assureur pour trouver un terrain d’entente », explique Evariste. Il précise que « dans la majorité des cas, un compromis est trouvé, souvent à l’amiable, grâce à une meilleure compréhension du contrat initial ». Cette approche pragmatique a permis de résoudre plusieurs différends, allant d’erreurs de virement à des cas de double débit ou de non-paiement d’indemnisation. « Beaucoup de litiges viennent de simples malentendus ou d’une mauvaise communication. »
Evariste reconnaît toutefois que le travail de l’OQSF n’est pas sans difficultés. « La première, c’est la méconnaissance du dispositif lui-même. Beaucoup d’entrepreneurs ignorent qu’ils peuvent saisir l’OQSF lorsqu’ils ont un problème avec une banque ou une assurance. Certains pensent qu’il faut forcément aller en justice, alors que la médiation peut souvent régler le différend plus rapidement et à moindre coût ». L’autre contrainte réside dans la lenteur des procédures auprès de certaines institutions. « Quand nous saisissons une banque, toutes ne réagissent pas avec la même diligence. Nous travaillons à renforcer la collaboration avec leurs départements juridiques et contentieux, afin que les réponses soient plus rapides et plus structurées ».
Pour pallier ces difficultés, l’OQSF mise de plus en plus sur la proximité et la sensibilisation de terrain. Nous intervenons dans les universités, les associations de jeunes entrepreneurs et les marchés pour vulgariser les notions de base « qu’est-ce qu’un crédit responsable, comment fonctionne une assurance, comment se protéger contre le surendettement ». Les résultats de ces actions commencent à se faire sentir. D’après Evariste, « le nombre de médiations réussies augmente chaque année ». Il cite l’exemple d’un client victime d’une erreur de traitement de chèque, pour qui l’intervention de l’OQSF a permis de rétablir sa situation en moins d’une semaine. « Ce sont souvent des incompréhensions, des problèmes de procédure ou de communication. Mais une fois que les deux parties sont autour de la table, les solutions émergent rapidement », affirme-t-il.
L’OQSF joue ainsi un rôle essentiel dans la restauration de la confiance entre les institutions financières et leurs clients. Pour Evariste, cette confiance est un pilier du développement économique « Une économie forte, c’est d’abord une économie où les acteurs se font confiance. Quand un entrepreneur comprend ses droits et ses devoirs, il devient plus serein et plus performant ».
Au terme des échanges, les panélistes ont formulé plusieurs recommandations fortes. On a entre autres, le renforcement de la formation continue des acteurs de l’accompagnement pour garantir la qualité des services ; le développement de l’éducation financière pour réduire les litiges et améliorer la relation de confiance avec les institutions. Ils plaident également pour l’encouragement de la responsabilisation des porteurs de projets, tout en valorisant l’engagement personnel dans les parcours d’appui. Ils souhaitent aussi la création d’une meilleure coordination entre les institutions publiques, les structures privées et les acteurs financiers. « Un bon accompagnement, c’est celui qui te permet de résoudre tes problèmes demain sans avoir à rappeler ton coach », conclut Kansié.
Par Bernadette W.Gansonré



