Longtemps perçue comme un acteur froid, distant, voire méfiant, la banque reste pour beaucoup une institution mystérieuse. Pourtant, elle est au cœur du moteur économique. Elle transforme l’épargne en investissement, soutient les entreprises et accompagne les ménages dans leurs projets. C’est tout le sens du panel intitulé « Comprendre la banque », animé par Relwendé Sawadogo, expert en finance, tenu ce mercredi 29 octobre 2025 à Ouagadougou dans le cadre de la deuxième édition des Journées Portes Ouvertes (JPO) des banques. L’échange, réunissant trois figures de référence du secteur, à savoir Nabi Issa Coulibaly, Christine Tani et Lassina Sanou, visait à ouvrir la boîte noire bancaire et à recréer une relation de confiance éclairée entre clients et institutions financières.
Selon Nabi Issa Coulibaly, Actuaire et expert financier, comprendre la banque, c’est d’abord savoir comment elle fonctionne, d’où vient son argent, comment elle rémunère les dépôts, pourquoi elle facture certains services et surtout comment elle évalue le risque. « La banque n’est pas un coffre-fort, c’est une entreprise qui gère le risque et la confiance », rappelle-t-il.
Coulibaly met en avant trois produits incontournables que sont l’épargne (symbole de sécurité et de discipline financière), le crédit (souvent redouté mais véritable levier d’investissement pour les particuliers et les PME) et enfin les moyens de paiement modernes, désormais essentiels à la fluidité des échanges. « Il faut cesser de voir le crédit comme une dette handicapante. C’est un outil de croissance. Bien utilisé, il permet de transformer des idées en richesse », souligne-t-il. Pour l’expert, la démocratisation financière commence dès la jeunesse « Un bébé, un compte d’épargne », dit-il, reprenant le slogan d’une campagne qu’il avait initiée. Car, selon lui, apprendre tôt à gérer son argent, c’est déjà apprendre à maîtriser son avenir.
Parlant de l’importance d’une gestion financière prudente, Nabi Issa coulibaly a insisté sur le rôle souvent méconnu du compte à terme (DAT). Pour ui, il s’agit d’un instrument clé pour consolider la trésorerie des entreprises et sécuriser l’épargne des particuliers à moyen terme.« Le compte à terme n’est pas réservé aux grandes entreprises. Même une PME avec trois millions de FCFA peut y trouver un intérêt stratégique, explique-t-il.
Le DAT consiste à placer une somme d’argent pour une durée déterminée (trois mois, six mois, un an ou plus) en échange d’un taux d’intérêt fixe et garanti. Ce type de produit, souligne-t-il, traduit une gestion réfléchie et une planification financière saine.
En ce qui concerne le taux d’intérêt, il a indiqué que c’est avant tout, le prix de l’argent. « Quand vous empruntez, vous achetez de l’argent ; quand vous épargnez, vous le prêtez à la banque », résume-t-il. Le niveau du taux dépend de plusieurs facteurs, notamment le coût auquel la banque se finance elle-même (auprès de la Banque centrale ou de ses déposants), les frais de fonctionnement et surtout le risque associé au profil du client.
Ainsi, un salarié au revenu stable bénéficie généralement de conditions plus avantageuses qu’un entrepreneur exposé à des fluctuations d’activité. Mais la tendance reste encourageante, les taux d’intérêt, autrefois compris entre 9 et 12 %, tournent aujourd’hui autour de 7 à 7,5 %, signe d’un environnement financier plus compétitif et d’une meilleure stabilité macroéconomique.
Pour les épargnants, cette évolution s’accompagne de rendements variables selon le produit choisi : du 3,5 % réglementaire sur les livrets à des taux supérieurs pour les placements à terme ou obligataires.
Avec plus de 27 ans d’expérience, Christine Tani apporte une voix de rigueur juridique et de transparence. Pour elle, si la banque inspire encore la méfiance, c’est souvent parce que le cadre réglementaire reste méconnu du grand public. « Le métier de banquier est l’un des plus encadrés qui soient. Il n’y a pas d’improvisation possible », affirme-t-elle. Elle rappelle que la loi communautaire de 2007 et la loi nationale n°058 de 2008 fixent les règles du jeu pour toutes les institutions financières, de la création d’une banque à la commercialisation des produits. Deux grandes catégories d’épargne y sont définies, à savoir l’épargne réglementée, avec un taux minimal fixé à 3,5 % pour les dépôts inférieurs à 10 millions de FCFA et l’épargne contractuelle, librement négociée entre la banque et le client.
Mais au-delà des textes, la régulation repose sur la protection du consommateur. Depuis 2014, le Fonds de garantie des dépôts indemnise les épargnants en cas de défaillance d’un établissement. Et depuis la circulaire n°002 de 2020, chaque banque doit disposer d’un service de gestion des réclamations clients, sous supervision directe de la BCEAO et de la Commission bancaire de l’UEMOA. « Un client qui estime avoir été lésé peut saisir la BCEAO. Ce droit de recours est un pilier de la confiance », souligne-t-elle.
Enfin, dans un contexte de digitalisation rapide, Tani insiste sur la protection des données personnelles « La confidentialité est un principe cardinal. Les données d’un client ne peuvent être exploitées sans son accord. » La transparence, dit-elle, est aujourd’hui la première forme de service.
Prenant la parole, Lassina Sanou, ancien banquier devenu directeur pays d’une organisation internationale, met l’accent sur la dimension relationnelle du métier. Pour lui, le crédit ne se résume pas à un contrat financier, c’est un engagement mutuel fondé sur la confiance et la communication. « Quand un crédit est approuvé, ce n’est pas la fin du processus, c’est le début d’un partenariat », insiste-t-il.
Deux mots résument sa philosophie : accompagnement et anticipation. Une banque responsable, explique-t-il, ne se contente pas d’octroyer des fonds. Elle doit suivre le client, l’informer, détecter les signaux faibles et intervenir avant la crise. En cas de difficultés, le dialogue prime. « Rééchelonner une dette, restructurer un prêt, c’est préserver la relation. Mais cela suppose la bonne foi du client », a-t-il ajouté. Cette approche collaborative dépasse la logique purement comptable. Elle traduit une vision où la banque devient partenaire de développement, au service de la réussite économique de ses clients. Il a indiqué que « La régulation formelle ne suffit pas. Il faut une régulation de conscience : celle du banquier comme du client ».
Si la digitalisation bouleverse le secteur, Sanou refuse de voir la technologie comme une menace. « Le digital est une formidable opportunité, mais il ne remplacera jamais la chaleur humaine ». Il appelle à une banque émotionnellement intelligente, capable de conjuguer efficacité technologique et proximité relationnelle. Dans un continent jeune, connecté et en pleine mutation, cette alliance entre le numérique et l’humain sera, selon lui, la clé de la banque africaine de demain.
Au terme des échanges, l’on retient que pour démocratiser la finance, il faut d’abord expliquer la banque, son rôle, ses obligations, ses limites. Car derrière les taux, les crédits et les comptes à terme, il y a avant tout une relation humaine et économique à repenser. Dans un contexte où la digitalisation, la régulation et les attentes des clients évoluent rapidement, ce dialogue entre experts rappelle une évidence : la banque n’est pas l’adversaire du citoyen, mais son partenaire dans la construction d’un avenir économique durable.
Par Bernadette W.Gansonré



