Entre 2015 et 2024, la Côte d’Ivoire a affiché une performance économique robuste, marquée par une expansion soutenue du PIB, une vitalité accrue du tissu entrepreneurial et une amélioration de la gouvernance. C’est ce que révèle un récent rapport intitulé « Chiffres clés de la Côte d’Ivoire » de l’Agence nationale de la statistique (ANStat).
De 2015 à 2023, l’économie ivoirienne a connu une progression significative, avec un produit intérieur brut passant de 27 086 milliards à 48 294 milliards FCFA, soit une hausse de 21 208 milliards FCFA (+43,91 %) en l’espace de huit ans. Selon le rapport, cette dynamique a également profité aux populations : le PIB par habitant s’est élevé de 1,063 million à 1,556 million FCFA, et le Revenu National Brut par habitant a atteint 1,496 million FCFA en 2023.
L’année 2023 s’est illustrée par un taux de croissance du PIB de 6,5 %, porté majoritairement par un secteur secondaire en forte expansion (+14,9 %). Le secteur tertiaire a également contribué positivement (+5,4 %), tandis que le secteur primaire a fléchi (+2,2 %). Les exportations, largement dominées par les matières premières, ont atteint 11 712 milliards FCFA, soit 24 % du PIB. Dans ce contexte, l’environnement macroéconomique est resté globalement stable, avec une inflation contenue à 3,5 %. L’activité industrielle s’est nettement accélérée : l’indice de production industrielle a progressé de 6,95 %, et le chiffre d’affaires du secteur industriel a bondi de 12,98 %.
Les PME, colonne vertébrale de l’économie formelle
En 2024, le pays comptait 82 548 entreprises formelles, en forte augmentation de 19 142 par rapport à 2023. Parmi elles, 95,4 % sont des Petites et Moyennes Entreprises (PME), réaffirmant leur rôle central dans la structuration de l’économie ivoirienne. Sur la même période, on note une amélioration de la santé financière des entreprises. En 2022, l’Excédent Brut d’Exploitation s’est élevé à 3 900 milliards FCFA, en hausse de 55 % par rapport à 2021. Cette progression se reflète dans le taux de rentabilité économique, qui est passé de 3 % à 4,1 %.
Le marché du travail reste dominé par l’emploi national : 94 % des postes formels étaient occupés par des Ivoiriens en 2022, dont 83 % en emploi permanent. Toutefois, les femmes ne représentaient que 19 % des emplois, une stagnation préoccupante après une baisse continue entre 2018 (20,3 %) et 2021 (18 %). Le taux de chômage national, relativement faible, s’établissait à 3,1 % en 2021, contre 3,4 % en 2017. Ce chiffre masque toutefois des disparités notables : 6,3 % à Abidjan contre seulement 0,9 % en milieu rural, et 4,1 % chez les femmes.
En matière de lutte contre la pauvreté, la Côte d’Ivoire affiche des progrès modestes. En 2021, le taux de pauvreté monétaire s’élevait à 37,5 %, en baisse de 1,9 point par rapport à 2018, pour un seuil national de pauvreté fixé à 369 516 FCFA par an, soit environ 1 013 FCFA par jour. Les écarts entre milieu urbain (22,2 %) et rural (54,4 %) demeurent profonds, tout comme ceux liés à l’éducation : 51,4 % des ménages dirigés par une personne non alphabétisée vivent sous le seuil de pauvreté, contre 25,4 % pour les chefs de ménage alphabétisés.
Sur le plan des inégalités économiques, l’indice de Gini – qui mesure la répartition des revenus – est passé de 0,351 à 0,333 entre 2018 et 2021, signalant une réduction modeste des écarts. Néanmoins, les inégalités sont plus prononcées en zone urbaine qu’en zone rurale, malgré une plus grande pauvreté dans les campagnes.
La répartition de la consommation reste déséquilibrée : les 10 % les plus riches concentrent 18,89 % de la consommation nationale, soit près de huit fois plus que les 10 % les plus pauvres (4,71 %). Côté gouvernance, les indicateurs révèlent une amélioration perceptible. L’Indice de perception de la corruption (IPC) est passé de 36 en 2021 à 45 en 2024, selon Transparency International, traduisant une perception plus favorable de la transparence dans la gestion publique.
Par Léon Yougbaré


