mercredi 11 février 2026

Forum Investir au Burkina :  » nous avons assisté plusieurs entreprises allant des PME aux grandes entreprises. À ce jour, nous avons accompagné plus de 600 entreprises au Burkina, au Mali et au Niger  » Massa Balima, co-fondateur et directeur général de ForthInvestment

À l’occasion de la première édition du Forum international investir au Burkina, tenue les 9 et 10 octobre 2025 à Ouagadougou, plusieurs promoteurs privés et institutions financières ont échangé sur les enjeux du financement des entreprises locales. En marge d’une table ronde ayant réuni promoteurs privés et institutions financières, Horonya Finance s’est entretenu avec Massa Balima, cofondateur et directeur général de ForthInvestment, une société spécialisée dans l’accompagnement et le financement des PME en Afrique de l’Ouest. Dans cet entretien, il revient sur les défis du financement des petites et moyennes entreprises, les solutions de dérisquage, ainsi que les perspectives d’investissement au Burkina Faso.

Horonya Finance (HF) : Pour commencer, pouvez-vous nous présenter ForthInvestment et nous expliquer les principaux axes de votre accompagnement aux entreprises ?

Massa Balima (MB) : ForthInvestment fait dans l’accompagnement et le financement des entreprises. En fonction du type d’entreprise, nous avons un instrument adapté. Pour les toutes petites entreprises, il y a des programmes d’accélération et de financement. Pour les moyennes entreprises, nous avons de la dette mezzanine. Et pour les plus grandes entreprises, c’est notre service de conseil pour des financements au-delà de 1 milliard FCFA.

HF : Vous évoquez plusieurs types d’entreprises. Concrètement, combien d’entreprises avez-vous déjà accompagnées et dans quels pays intervenez-vous actuellement ?

MB : Il faut dire que nous avons assisté plusieurs entreprises allant des PME aux grandes entreprises. À ce jour, nous avons accompagné plus de 600 entreprises au Burkina, au Mali et au Niger. Et la plupart du temps, c’est de l’accélération et du financement, pour pouvoir aller jusqu’à 50 millions FCFA.

HF : Le secteur informel représente une part importante de l’économie burkinabè. Comment ForthInvestment s’y prend-il pour accompagner ces acteurs et favoriser leur formalisation ?

MB : Alors, en ce qui concerne déjà le secteur informel, pour les accompagner, il faut les formaliser. Donc nous avons un programme d’accélération que nous venons de clôturer. Nous allons sans doute lancer une seconde phase qui prend les dames ou les hommes dans le secteur agro-sylvo-pastoral en les aidant à se formaliser d’abord avant de leur donner un certain nombre d’accompagnement et de financement. Le financement peut être directement accordé par nous ou par les institutions financières. Nous travaillons aussi avec des ONG. Et notre rôle, c’est d’appuyer ces ONG à renforcer les capacités de ces acteurs de l’informel. Les ONG nous confient les fonds et il nous revient de les prêter aux acteurs à des taux flexibles aux femmes.

HF : On entend souvent dire que les banques hésitent à financer les PME. À votre avis, pourquoi cette méfiance des institutions financières envers les petites entreprises ?

MB : C’est parce qu’elles sont risquées. Il faut savoir que globalement, 7 PME sur 10 qui se créent, vont fermer dans les cinq ans. Au Burkina, c’est encore pire. On va dire, 9 PME sur 10 qui se créent aujourd’hui vont se fermer dans les cinq ans à cause du manque de compétences. Nos PME n’ont pas toutes les compétences nécessaires pour se développer. Ce qui fait que d’un point de vue financier, quand on voit une cible qui a 90% de chances de fermer dans les cinq ans, naturellement, on ira dans le sens opposé. Donc, elles sont risquées et la solution à apporter, c’est de les dérisquer.

HF : Et quelles sont, justement, les solutions concrètes pour “dérisquer” les PME et leur permettre d’accéder plus facilement au financement ?

MB : C’est d’apporter un certain nombre de mécanismes pour qu’elles soient moins risquées. Et ces mécanismes-là, ce sont les programmes d’accélération, les garanties que l’État peut offrir, et ce sont des financements flexibles, des financements sans garantie. Flexibles, c’est-à-dire des financements qui ne sont pas figés, mais qui respectent leur flux. Autrement dit, si la récolte se fait tous les trois mois, alors le remboursement aussi se fait tous les trois mois au lieu de le faire chaque mois.

HF : Beaucoup d’entrepreneurs estiment que l’accès au financement reste difficile au Burkina Faso. Comment se porte le marché national du financement selon vous ?

MB : Il y a beaucoup d’acteurs qui sont adaptés aux grandes entreprises, qui sont déjà assises, qui ont de la garantie et qui ont de la trésorerie, mais il n’y a pas beaucoup d’acteurs qui ciblent les PME qui sont risquées. C’est pour cela que les gens ont l’impression qu’il y a des difficultés d’accès au financement au Burkina. Non, il y a des entreprises qui décrochent du financement, mais elles sont grandes, mais les toutes petites n’y arrivent pas. Donc il faut travailler à trouver des acteurs pour s’adresser aux PME qui constituent les cibles les plus risquées.

HF : ForthInvestment est née à Paris, mais concentre aujourd’hui ses activités en Afrique de l’Ouest. Quelles sont vos ambitions de développement dans la sous-région ?

MB : Effectivement, ForthInvestment est une société créée par des burkinabés de la diaspora en 2015 à Paris. Aujourd’hui, nos activités se passent principalement au Burkina. On couvre aussi le Mali où on accompagne 60 entrepreneurs et le Bénin. Nous ambitionnons ouvrir bientôt un bureau en Côte d’Ivoire.

HF : Vous avez pris part à la première édition du Forum international investir au Burkina. Que retenez-vous de cette initiative portée par l’Agence burkinabè des investissements (ABI) ?

MB : Alors, le Forum investir au Burkina Faso, c’est une première déjà. Nous suivons avec intérêt ce que fait la Chambre de Commerce, l’ABI, etc. Pour moi, c’est comme un hub pour qu’on rencontre des investisseurs de l’international qui veulent investir au Burkina et qui veulent connaître les réalités des entreprises au Burkina. C’est un hub aussi pour rencontrer des entrepreneurs et des acteurs comme nous qui sommes dans le financement mais basés localement. Donc le forum est vraiment une occasion de rencontre et d’échanges entre acteurs sur les problématiques du moment.

HF : Certains observateurs s’interrogent sur l’attractivité du Burkina dans le contexte actuel. Vous, en tant qu’investisseur burkinabè, pensez-vous que le pays reste une destination intéressante pour les capitaux étrangers et que ceux qui ont décidé d’y investir font le bon choix ?

MB : Oui, bien-sûr. Je suis burkinabé, je suis patriote, donc forcément c’est oui. Je voyage tout le temps pour convaincre les gens de venir investir au Burkina. Donc je ne dirai pas qu’ils n’ont pas fait le bon choix. Je crois que le Burkina a des potentialités. Et la première, c’est la ressource humaine. Nous avons des gens très qualifiés. Les burkinabè sont sérieux. Il n’y a pas beaucoup de “malhonnêtes’’ ici, par rapport aux d’autres pays. Et puis enfin, c’est un pays dont le secteur minier aura une croissance exponentielle. Et derrière, il y aura tout un écosystème de fournisseurs et de sous-traitants de ces entreprises qui sont dans le secteur minier. Donc il y a un potentiel. Il y aura un besoin de financement des entreprises ici. Donc il y a un potentiel pour tous ceux qui veulent investir dans ce pays, dans le secteur minier, dans l’agriculture, avec toutes les offensives, notamment l’offensive agro-sylvo-pastorale lancée.

Interview réalisée par Léon Yougbaré et Bernadette W. Gansonré

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