Le Ghana relève le prix d’achat du cacao aux producteurs pour la campagne 2026/2027, tout en engageant une nouvelle stratégie de financement destinée à réduire sa dépendance aux emprunts internationaux en devises étrangères. Le Ghana Cocoa Board (COCOBOD), l’organisme public chargé de la régulation et de la commercialisation du cacao, a fixé le prix bord champ à 42 400 cedis ghanéens (GH¢) la tonne, soit 2 100 920 FCFA ( 2 100 FCFA le kilogramme ), contre 41 392 GH¢, équivalant à 2 050 973,60 FCFA, lors de la campagne précédente. En parallèle, le Conseil prépare une opération de financement de 16,3 milliards de GH¢, soit 807,665 milliards FCFA, sur le marché financier national afin de soutenir les achats de cacao auprès des producteurs.
Annoncée par le directeur général du COCOBOD, le Dr Ransford Abbey, cette nouvelle tarification correspond à 2 650 GH¢ pour un sac de 64 kilogrammes, soit 131 307,50 FCFA. Elle représente 71,18 % de la valeur brute réalisée à l’exportation, selon le mécanisme de calcul fondé sur le prix FOB (Free On Board), qui prend en compte les ventes à terme et les ventes au comptant. Le nouveau prix est entré en vigueur le 25 septembre 2026 et montre une progression d’environ 2 à 2,5 % par rapport à la campagne 2025/2026.
Cette revalorisation intervient dans un contexte de réformes de la gouvernance et du financement de la filière. À travers la loi sur le Ghana Cocoa Board de 2026 (Loi 1182), le cadre réglementaire garantit aux producteurs un minimum de 70 % du prix brut réalisé à l’exportation. Le niveau retenu pour la campagne 2026/2027 dépasse ainsi le seuil légal de 1,18 point de pourcentage.
Le Dr Ransford Abbey a expliqué que la fixation du prix résultait de consultations entre le COCOBOD, le ministère des Finances, les producteurs de cacao et la Chambre des sociétés de commercialisation du cacao, qui regroupe les sociétés d’achat agréées, les grossistes et les transformateurs. « Le Conseil du cacao et tous les acteurs clés, tels que consacrés dans la nouvelle loi sur le Conseil du cacao, notamment le ministre des Finances, les agriculteurs et la Chambre des Marchands du Cacao, ont approuvé l’augmentation du prix au producteur de 41 392 GH¢ à 42 400 GH¢ la tonne pour la saison 2026/2027 », a-t-il déclaré.
Le responsable a également défendu le mécanisme de détermination du prix, basé sur la valeur FOB effectivement réalisée plutôt que sur les fluctuations du marché à une date précise. Selon lui, cette méthode permet de tenir compte de la combinaison des ventes à terme et des ventes au comptant afin d’établir un prix moyen représentatif des recettes d’exportation. « Un jour donné, le prix changera quatre fois. C’est pourquoi nous parlons de FOB réalisée. Il s’agit de ventes sur une période, une combinaison de ventes à terme et de ventes au comptant. En regroupant ces opérations, nous obtenons une moyenne qui permet de déterminer le FOB réalisé », a-t-il expliqué.
Au-delà de la politique de rémunération des producteurs, le COCOBOD entend transformer les modalités de financement de ses opérations. L’organisme vise une mobilisation de 16,3 milliards de GH¢, soit 807,665 milliards FCFA, sur le marché intérieur à travers l’émission de titres destinés à financer les achats de cacao de la campagne 2026/2027. Cette opération devrait notamment prendre la forme d’un programme de billets de cacao à 270 jours, une première depuis le défaut de paiement de la dette du Ghana en 2022.
La structure envisagée repose sur deux instruments financiers. Le programme de billets commerciaux devrait mobiliser 14 milliards de GH¢, soit 693,7 milliards FCFA, tandis qu’une émission obligataire initiale de 2,3 milliards de GH¢, équivalant à 113,965 milliards FCFA, sur cinq ans constituera le second volet. Les titres seront émis par l’intermédiaire d’un véhicule à usage spécial dénommé Cocoa Notes and Bonds Plc et cotés à la Bourse du Ghana.
Un fonds d’amortissement a également été mis en place pour recevoir les transferts issus des recettes d’exportation. Ces ressources seront affectées au remboursement des titres et au soutien des cycles de financement ultérieurs. Le véhicule à usage spécial est géré par KPMG et a obtenu les approbations réglementaires nécessaires, tandis que les spécialistes du marché travaillent déjà à la structuration de la transaction.
Pour le COCOBOD, cette stratégie doit permettre de financer les achats de cacao sans dépendre exclusivement des emprunts internationaux libellés en dollars américains. Elle intervient alors que l’institution poursuit le redressement de sa situation financière après la restructuration de ses obligations nationales. Depuis 2025, le Conseil a réglé environ 5,36 milliards de GH¢ de dettes, soit 265,588 milliards FCFA, dont 2,68 milliards de GH¢, équivalant à 132,794 milliards FCFA, au cours de l’année 2026 au titre du remboursement du capital et des coupons.
Dans le cadre de la restructuration de ses obligations, le COCOBOD a également finalisé ses engagements liés au programme d’échange de dette intérieure (DDEP) de 2026, en versant 2,31 milliards de GH¢, soit 114,4605 milliards FCFA, aux détenteurs d’obligations concernés. Cette opération comprend notamment un paiement de coupon de 376,33 millions de GH¢, équivalant à 18,6471515 milliards FCFA, effectué en mars. En juillet, l’institution a par ailleurs réglé 162 millions de GH¢, soit 8,0271 milliards FCFA, dus aux détenteurs de titres Cocoa Bill ayant refusé de participer à l’échange de dettes.
Le Conseil doit également effectuer un paiement de 60 millions de dollars américains à la Banque africaine de développement avant la fin de 2026. Ces règlements visent à renforcer sa position financière avant son retour sur le marché intérieur. Toutefois, les investisseurs devront apprécier sa capacité à honorer de nouvelles obligations, notamment au regard du coût et de la structure des titres proposés.
La nouvelle politique de financement s’inscrit ainsi dans une transformation plus large de la filière, qui associe réforme de la tarification, amélioration de la gouvernance et renforcement des capacités de production. Le COCOBOD entend notamment consolider son système de traçabilité dans les zones de production afin de répondre aux exigences du Règlement européen sur la déforestation, dont l’entrée en vigueur est prévue le 30 décembre 2026.
Ce dispositif doit permettre au Ghana de garantir aux acheteurs européens un cacao traçable, produit légalement, sans déforestation et sans recours au travail des enfants. Le Conseil maintient également les tarifs et frais applicables aux autres intervenants de la chaîne d’approvisionnement, notamment les marges d’achat, l’entreposage, les coûts internes de commercialisation, la désinfestation, le classement, le scellement et l’inspection des balances.
En parallèle, les programmes d’amélioration de la productivité se poursuivent. Ils comprennent notamment la distribution gratuite d’engrais, la mise à disposition de semences hybrides ainsi que des interventions contre les maladies et les ravageurs qui affectent les plantations. Ces mesures doivent accompagner la nouvelle politique de prix et contribuer à soutenir les rendements agricoles.
Pour la campagne qui vient de s’achever, le COCOBOD estime la production nationale à environ 771 000 tonnes. Pour la saison 2026/2027, le Conseil table toutefois sur une production prévisionnelle de 650 000 tonnes, soit un recul potentiel de 121 000 tonnes par rapport au volume estimé de la campagne précédente.
Par Drissa Ouattara
Les conversions sont effectuées sur la base du taux de 1 GH¢ = 49,55 FCFA.


