Impact Investing Burkina dévoile la première cartographie nationale complète sur l’investissement d’impact au Burkina

Honoré Kietyeta, principal consultant du cabinet Innovative Finance for Africa, a présenté les conclusions et recommandations de l’étude nationale sur l’investissement d’impact au Burkina Faso, commanditée par Impact Investing Burkina Faso, ce mardi 24 février 2026 à l’occasion de la 2e édition de la Journée nationale de l’investissement d’impact. L’objectif de cette étude était de cartographier les acteurs de l’écosystème, d’évaluer les forces et les faiblesses, et de proposer des recommandations concrètes pour renforcer la mobilisation des ressources locales et stimuler la transformation économique du pays.

L’investissement d’impact, selon le Global Steering Group (GSG), est défini comme un investissement visant à générer des résultats sociaux et environnementaux positifs en complément des rendements financiers. Dans le contexte burkinabè, Honoré Kietyeta a proposé une définition contextualisée qui met l’accent sur la souveraineté nationale et la mesure de l’impact. En effet, il s’agit d’actions publiques et privées mobilisant des ressources endogènes et externes pour financer des projets générant des résultats sociaux et environnementaux mesurables, tout en contribuant à la croissance économique et à la cohésion sociale. Cette définition se rapproche des 50 objectifs du plan Relance 2026-2030 et des 17 Objectifs de développement durable pertinents, et prend en compte la création d’emplois, la transformation des ressources locales et la préservation de l’environnement.

La présentation s’est appuyée sur les contributions de 135 acteurs identifiés dans l’écosystème national de l’investissement d’impact, sur un total de 155 contactés, soit un taux de participation de 90 %. L’approche adoptée a été celle de la co-construction, visant à rassembler les informations les plus pertinentes pour comprendre les dynamiques de l’investissement d’impact au Burkina Faso et identifier les leviers de croissance.

Contexte et enjeux de l’investissement d’impact

Kietyeta a rappelé que l’investissement d’impact ne se limite pas à la seule dimension économique. Il s’agit également d’un outil de cohésion sociale et de résilience face aux crises. Dans le contexte national marqué par des défis sécuritaires et économiques, l’investissement d’impact est perçu comme un levier capable de soutenir la paix, de créer des emplois durables et de renforcer le tissu social. Les initiatives d’impact peuvent également contribuer à la préservation des ressources naturelles et à l’adaptation aux aléas climatiques, tout en favorisant la génération de revenus fiables pour les communautés locales.

L’un des enjeux principaux est la transformation économique. Le Burkina Faso cherche à passer d’une économie basée sur l’import-export à une économie de transformation. Selon le consultant, l’investissement d’impact offre l’opportunité de soutenir cette transition en apportant non seulement du capital financier, mais également un accompagnement technique et non financier aux entreprises locales, favorisant ainsi une croissance durable et inclusive.

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Outre cela, l’investissement d’impact doit permettre de mobiliser les ressources internes, réduisant ainsi la dépendance à l’aide internationale. L’exemple du plan Relance 2026 montre que les deux tiers du financement nécessaire pourraient être mobilisés grâce aux ressources internes, démontrant la capacité du pays à financer ses projets stratégiques.

Cartographie de l’écosystème national

L’étude a permis d’identifier cinq piliers principaux de l’écosystème de l’investissement d’impact, à savoir l’État et les régulateurs, l’offre de capitaux, les intermédiaires financiers, la demande de capitaux et les facilitateurs.

L’État et les régulateurs jouent un rôle central dans la structuration de l’écosystème. Des politiques incitatives ont été mises en place pour encourager l’investissement dans les secteurs prioritaires tels que l’agriculture et l’énergie urbaine. Le gouvernement a également créé des fonds publics nationaux et mobilisé la Caisse des dépôts pour soutenir des projets stratégiques.

La diaspora constitue également un atout considérable. Avec environ 16 millions de personnes, les flux financiers provenant de la diaspora sont passés de 200 milliards de francs CFA par an à plus de 350 milliards depuis 2023, traduisant une confiance croissante envers les initiatives d’impact. Toutefois, des contraintes subsistent, notamment l’absence d’un référentiel clair pour identifier les entreprises d’impact et la difficulté à orienter efficacement les financements vers des projets mesurables et durables.

Les intermédiaires financiers, comprenant les établissements de microfinance et les agences de promotion de la finance inclusive, jouent un rôle crucial dans le soutien aux entreprises. L’étude a révélé que ces structures disposent d’outils financiers relativement dynamiques et de fonds nationaux structurés, mais que l’accès aux financements reste limité pour les petites et moyennes entreprises. En effet, moins de 20 % des PME parviennent à couvrir l’intégralité de leurs besoins d’investissement, ce qui freine le développement économique et l’impact social.

Le quatrième pilier, représenté par la demande de capitaux, regroupe les PME et les startups, notamment celles issues du secteur informel et des zones fragiles. Ces acteurs ont besoin d’accompagnement pour structurer leurs projets, préparer leurs dossiers financiers et accéder aux instruments de financement. L’étude souligne que la maturité financière des projets est essentielle pour attirer les investisseurs et garantir un impact mesurable et durable.

Le dernier pilier regroupe les facilitateurs, comprenant les chambres de commerce, les incubateurs, les centres de formation et les médias spécialisés. Ces acteurs assurent la diffusion de l’information, la formation des entrepreneurs et la promotion des meilleures pratiques dans l’écosystème. Leur rôle est déterminant pour renforcer la capacité des entreprises à structurer leurs projets et à accéder aux financements.

Forces et faiblesses de l’écosystème

L’étude a mis en évidence plusieurs forces de l’écosystème burkinabè. Le gouvernement soutient activement les projets d’impact, la diaspora est fortement mobilisée et des fonds nationaux existent pour financer les initiatives locales. Le cadre réglementaire offre également des incitations pour orienter les investissements vers les secteurs prioritaires.

Cependant, des faiblesses persistent. Le manque de standards nationaux pour mesurer l’impact, l’accès limité aux financements pour les PME et l’absence de référentiel clair pour identifier les entreprises d’impact représentent des obstacles majeurs. De plus, le secteur informel reste difficile à intégrer dans l’écosystème, ce qui limite l’ampleur et la portée des projets d’impact.

Recommandations stratégiques

L’étude propose plusieurs recommandations pour renforcer l’investissement d’impact au Burkina Faso. Premièrement, il est nécessaire de créer un conseil consultatif chargé de superviser les initiatives, d’harmoniser la définition de l’investissement d’impact et de développer des outils de mesure cohérents. Ce conseil pourrait également assurer la capitalisation des meilleures pratiques et la coordination entre les différents acteurs de l’écosystème.

Deuxièmement, il est recommandé de structurer des fonds de fonds et de mobiliser la diaspora ainsi que des instruments financiers innovants tels que les green bonds et les sukuk pour soutenir les projets locaux. Cette approche permettrait d’augmenter les ressources disponibles pour les PME et de garantir la viabilité des initiatives d’impact.

Troisièmement, l’accompagnement des acteurs est essentiel. Les PME et startups doivent bénéficier d’une assistance pour structurer leurs dossiers, comprendre les outils financiers et mesurer l’impact social et environnemental de leurs projets. Cette préparation est un facteur clé pour attirer les investisseurs et assurer la réussite des projets.

Quatrièmement, il est important de localiser les standards internationaux pour mesurer l’impact afin de garantir une évaluation cohérente et transparente. Cette localisation permettra aux acteurs locaux de disposer d’outils adaptés à leur contexte et de suivre efficacement les résultats de leurs initiatives.

Enfin, l’inclusion sociale doit être au cœur des initiatives d’investissement. Il est essentiel de promouvoir l’entrepreneuriat féminin, de soutenir les jeunes et de renforcer l’impact dans les zones fragiles afin de garantir une croissance économique équitable et durable.

Perspectives et mobilisation des ressources

Le présentateur a souligné que le Burkina Faso dispose d’une capacité réelle de mobilisation des ressources internes pour financer des projets d’impact. Il a suggéré que pour être plus décisif, le National Partner IIBF pourrait plaider auprès du Gouvernement pour lever un milliard de francs CFA pour soutenir les PME et les initiatives d’investissement d’impact, avec la perspective d’augmenter cette enveloppe à 5 voire 10 milliards de francs CFA par Effet de levier auprès d’autres sources. Selon lui, une telle mobilisation permettrait de démontrer la faisabilité d’un financement direct à l’impact et de renforcer la participation de la diaspora.

Le rapport final, intégrant les contributions des participants à cette session de validation, sera partagé avec l’ensemble des acteurs dans les prochains jours. Il servira de base pour le suivi des recommandations et l’accompagnement de la mise en œuvre des initiatives d’investissement d’impact au Burkina Faso.

Par Bernadette W. Gansonré

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