Journée nationale de l’investissement d’impact : les experts passent en revue le cadre politique, institutionnel et réglementaire au Burkina Faso

À l’occasion de la deuxième édition de la Journée nationale de l’investissement d’impact organisée le mardi 24 février 2026 à Ouagadougou, un panel a permis de revisiter l’ensemble des dispositifs qui encadrent ce type d’investissements au pays des hommes intègres. Animé par Lancina Ki, expert en promotion du secteur privé et développement des PME, le panel a réuni experts et acteurs étatiques autour du thème « Cadre politique, institutionnel et réglementaire de l’investissement d’impact au Burkina Faso ».

Première à intervenir, Aïssa Bougma, spécialiste des marchés des capitaux, a rappelé que l’investissement d’impact est une allocation de ressources avec l’intention explicite de générer, comme tout investissement, un revenu, un rendement financier, tout en ayant l’objectif d’impacter positivement le social, l’environnement etc, par conséquent, de contribuer à l’amélioration de la vie de la population. « Et la différence avec l’investissement classique se trouve au niveau de l’intentionnalité », a-t-elle noté, indiquant qu’elle constitue le premier pilier de l’investissement d’impact. Ensuite, le rendement, tout comme les autres investissements, et enfin, la mesurabilité de l’impact. « Pour les investissements classiques, on ne recherche que du profit », a-t-elle ajouté.

Un cadre juridique existant mais incomplet

Concernant le cadre juridique en matière d’investissement d’impact, poursuit Mme Bougma, l’arsenal burkinabè est très diversifié à travers l’internalisation de lois et directives communautaires et l’adoption de textes nationaux encadrant et garantissant l’investissement. « Ce n’est qu’une question d’approche. Les textes existent, libéralisent l’investissement, mais le mot impact n’est pas clairement défini dans les textes au niveau national », a-t-elle souligné, suggérant ainsi à l’État de mettre en place des mécanismes juridiquement efficaces avec le concours du secteur privé.

Prenant la parole à son tour, Dr Yacouba Ouédraogo, CEO de l’initiative Impact Investing Burkina Faso (IIBF), a relevé qu’un investissement d’impact doit pouvoir se mesurer en termes d’additionnalité, de nombre d’emplois créés, de quantité de carbone réduite, de nombre de compétences créées ou formées, entre autres. « Il faut que l’entrepreneur qui veut développer son business puisse se poser cette question : au-delà du profit que je vais réaliser, qu’est-ce que je peux faire pour mon pays et dans quel secteur ? », a-t-il lancé. À ses dires, le bon ciblage du public bénéficiaire devrait permettre d’avoir un impact beaucoup plus conséquent.

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Dans la même veine, Dr Alain Siri, directeur exécutif du Centre d’Analyse des Politiques Économiques et Sociales (CAPES), a insisté sur le volet développement du capital humain dans l’investissement d’impact. Pour un pays riche de sa jeunesse comme le Burkina Faso, Dr Siri estime que l’investissement devrait prendre en compte le renforcement des capacités techniques et scientifiques de cette jeunesse.

Toutefois, dit-il, il est important de ne pas perdre de vue les dimensions d’impact environnemental, de sécurité alimentaire, entre autres. « Dans le cadre des études que nous menons, je dois dire que nous devons progresser en matière de mesure de l’impact social et environnemental des politiques publiques au Burkina Faso », a-t-il notifié.

Le défi de la standardisation des indicateurs d’impact

Le défi, de son point de vue, reste de standardiser ces mesures conformément aux référentiels internationaux. « Il faut qu’on œuvre à mesurer l’impact de manière comparable pour ne pas avoir une particularité nationale qui est complètement déconnectée des standards en la matière », a suggéré le directeur exécutif du CAPES. Cette conformité, selon lui, permettrait de faciliter la mobilisation du financement d’impact d’origine extérieure, reconnaissant que le secteur privé national ne peut pas, à lui seul, répondre à tous les besoins en matière de financement d’impact.

Dans sa communication, il a également fait savoir que le nouveau plan de développement Relance, adopté en janvier dernier par le gouvernement, prend en compte les questions d’investissement d’impact. En effet, a-t-il développé, l’investissement d’impact est une réalité au Burkina Faso à travers des structures étatiques, bien qu’il ne soit pas explicitement exprimé. Il en veut pour preuve le Fonds burkinabè de développement économique et social (FBDES) « Tõogo », qui a réussi à financer des projets ayant rencontré une réticence des institutions financières classiques. « Quand on prend par exemple la loi portant code des investissements agro-sylvo-pastoraux, qui est un code particulier d’investissement différent du code de l’investissement global, il avait été mis en place pour faciliter et inciter les investissements dans les secteurs où il manque clairement de financements afin de produire davantage et nourrir la population burkinabè », a conclu Dr Alain Siri.

Lire aussi : Impact Investing Burkina dévoile la première cartographie nationale complète sur l’investissement d’impact au Burkina – Horonya finance

Dr Youssouf Ouattara, consultant international, s’est également prononcé sur le nouveau référentiel de développement. À y regarder de près, Dr Ouattara estime que, de manière générale, l’impact se lit rapidement à partir du troisième et du quatrième axe qui concernent respectivement le développement du capital humain et le développement des infrastructures structurantes ainsi que la transformation durable de l’économie nationale.

Pourtant, dit-il, le premier axe, consacré à la consolidation de la sécurité, de la cohésion sociale et de la paix, peut offrir des passerelles d’investissements pouvant créer de l’impact au sein de la population. « Imaginons la région du Sahel où on demande aux investisseurs d’aider à construire un grand abattoir frigorifique et une piste d’atterrissage permettant de collecter la viande et de la revendre aux pays côtiers. Cela permettra de créer de la richesse et de transformer socialement la communauté », a-t-il illustré.

Private equity : un déficit d’attractivité réglementaire

Enfin, Job Zongo, président de Nere Capital, a tenu à souligner que le fonds qu’il dirige fait spécifiquement de l’investissement en capital. De ce fait, le cadre juridique qui encadre ce type d’activité est la loi 014 relative aux entreprises d’investissement à capital fixe au Burkina Faso.

À l’en croire, cette loi, bien qu’elle permette aux sociétés d’investissement d’exister, présente des insuffisances, notamment l’absence de décrets d’application. « Quand on veut faire du private equity au Burkina, on est obligé de fonctionner comme une SA, alors que l’investissement en capital a des particularités. Mais on essaie de s’accommoder », a-t-il avancé, notant que plusieurs fonds d’investissement intervenant au Burkina sont souvent domiciliés hors du pays, comme à Maurice, en raison d’une législation beaucoup plus favorable.

Par Léon Yougbaré.

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