Le Ghana retrouve peu à peu la confiance des marchés internationaux. Près de trois ans après son défaut de paiement sur la dette extérieure, le pays vient de voir sa note souveraine relevée par S&P Global Ratings, passée de CCC+/C à B-/B. L’agence justifie cette amélioration par de meilleures performances à l’exportation, une hausse des réserves de change et une discipline budgétaire renforcée. Cette décision, annoncée le 7 novembre 2025, marque un tournant dans la reprise économique d’un pays durement frappé par la crise de la dette de 2022, qui avait conduit à la suspension du paiement de 13,1 milliards de dollars d’euro-obligations.
Dans son rapport, S&P souligne que la progression des exportations d’or et de cacao a permis de stabiliser la monnaie nationale et de porter les réserves de change à près de 11 milliards de dollars, soit environ 9 % du PIB, contre 6,8 milliards un an plus tôt. L’agence attribue également une perspective stable à cette nouvelle notation, saluant la résilience économique du pays et la fermeté de la politique budgétaire.
Depuis l’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration issue des élections de décembre 2024, Accra a mis en place des réformes structurelles visant à prévenir les dérives budgétaires. Une règle d’excédent primaire de 1,5 % du PIB est désormais imposée chaque année, accompagnée d’un objectif de réduction de la dette à 45 % du PIB d’ici 2034. Ces efforts s’inscrivent dans le cadre du programme de facilité élargie de crédit de 3 milliards de dollars signé avec le FMI et en vigueur jusqu’en mai 2026.
Les signaux macroéconomiques se redressent. L’inflation, qui dépassait les 20 % début 2025, est passée sous la barre des 10 %. Le cedi s’est par ailleurs apprécié d’environ 30 % face au dollar au cours de l’année, témoignant d’une confiance retrouvée. Le pays a également achevé l’échange de sa dette domestique et de ses euro-obligations, tandis que les discussions se poursuivent avec les créanciers officiels et commerciaux pour finaliser la restructuration d’environ 5 milliards de dollars restants.
L’économie ghanéenne, qui avait vacillé sous le poids d’une dette publique dépassant 100 % du PIB en 2021, montre aujourd’hui des signes tangibles de redressement. La croissance a atteint 6,3 % au premier semestre 2025, et l’indice d’activité économique de la Banque du Ghana a progressé de 6,1 % en juillet, contre 1,9 % un an plus tôt. La création du Ghana Gold Board en mars 2025 a encouragé les orpailleurs artisanaux à formaliser leurs ventes, stimulant ainsi la production aurifère. De son côté, le secteur du cacao bénéficie de conditions climatiques favorables et d’un nouveau mécanisme de remboursement anticipé pour l’Office du cacao, qui remplace les prêts syndiqués.
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S&P reconnaît aussi la stabilité politique actuelle comme un atout majeur. La majorité détenue par le Congrès national démocratique (NDC) au Parlement donne au gouvernement la latitude nécessaire pour faire avancer les réformes fiscales et de la dette. Toutefois, l’agence appelle à la vigilance : les coûts du service de la dette devraient encore représenter environ 20 % des recettes publiques jusqu’en 2028, contre 44 % avant le défaut. Des différends persistants avec certains créanciers, notamment la Banque africaine d’import-export, pourraient également retarder la clôture complète du processus de restructuration.
Malgré ces risques, la trajectoire du Ghana inspire un optimisme prudent. Les avancées réalisées sur le plan budgétaire et monétaire marquent un tournant après des années de déséquilibres. Mais S&P prévient : toute détérioration des prix des matières premières ou ralentissement des réformes fiscales pourrait inverser cette tendance. À l’inverse, une consolidation durable des réserves et une réduction continue des déficits ouvriraient la voie à une nouvelle amélioration de la note.
Par Drissa Ouattara




