Moody’s Ratings a annoncé le maintien de la note souveraine du Cameroun à Caa1 pour sa dette à long terme en devise locale et étrangère, ainsi que pour ses obligations non garanties en devise étrangère. L’agence conserve une perspective stable, malgré un contexte marqué par de fortes pressions sur la liquidité et un climat politique incertain à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025.
Cette décision s’explique par la fragilité persistante du marché régional des titres d’État de la CEMAC, qui limite l’accès du Cameroun au financement et accroît le risque d’un défaut lié à la liquidité. La montée des taux d’intérêt, la baisse des souscriptions et la réduction des maturités témoignent de ces tensions. Le pays doit refinancer environ 6 % de son PIB chaque année, alors même que ses options de financement extérieur demeurent restreintes. Bien que des financements alternatifs aient été obtenus, Moody’s estime que des lacunes subsistent dans les plans de financement pour 2025 et 2026, ce qui expose l’État à un risque de défaut technique, mais avec des pertes limitées pour les investisseurs.*
Cependant, l’agence souligne que la dette publique camerounaise reste modérée et en baisse, projetée sous la barre des 40 % du PIB d’ici fin 2025. Un niveau jugé favorable par rapport aux pays comparables notés Caa. Les réformes menées dans le cadre du programme 2021-2025 du FMI ont permis d’améliorer la mobilisation des recettes, de mieux encadrer les dépenses hors budget et de renforcer la gestion des entreprises publiques. Par ailleurs, la rationalisation des paiements de la dette extérieure et la planification plus rigoureuse de la trésorerie ont contribué à maintenir la régularité du service de la dette.
Selon Moody’s, les incertitudes restent élevées sur le plan politique Le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982 et âgé de 92 ans, a confirmé sa candidature pour un huitième mandat. Mais l’absence d’un plan de succession clair et la centralisation du pouvoir alimentent le risque d’une transition désordonnée. Le climat social est fragilisé par la corruption, la réduction de l’espace civique et la marginalisation de l’opposition, faisant craindre un processus électoral contesté. À cela s’ajoutent les conflits persistants dans les régions anglophones et dans le Grand Nord, qui continuent d’épuiser les ressources publiques et de miner la confiance dans les institutions.
Malgré ces risques, Moody’s justifie la perspective stable par un équilibre entre menaces et facteurs de résilience. L’économie camerounaise affiche une croissance soutenue et les récentes réformes budgétaires commencent à porter leurs fruits. Le programme renouvelé avec le FMI devrait continuer à soutenir la consolidation budgétaire et le renforcement institutionnel.
Mais l’agence reste prudente : des retards bureaucratiques, la persistance des tensions sécuritaires, la fragilité des entreprises publiques et d’éventuels dérapages budgétaires, notamment liés aux dépenses de sécurité et aux subventions, pourraient compromettre les acquis.
Par Drissa Ouattara


