Les autorités de régulation et les acteurs boursiers nigerians ont annoncé que l’infrastructure technologique nécessaire au règlement le jour même (T+0) des transactions est désormais opérationnelle sur le Nigerian Exchange Group (NGX), la Securities and Exchange Commission (SEC) et l’ensemble des plateformes concernées. Une évolution majeure qui ouvre la voie à un marché plus liquide et plus compétitif, même si les régulateurs privilégient une transition prudente afin de préserver la stabilité du système.
Lors de la deuxième réunion 2025 du Comité des marchés des capitaux, le 8 décembre, le directeur général de la SEC, Dr Emomotimi Agama, a souligné que le pays « possède désormais les bases technologiques » pour basculer vers des cycles de règlement ultra-courts. Selon lui, cette réforme permettra d’améliorer la liquidité, de réduire le risque de contrepartie et d’accélérer le réinvestissement des capitaux. Mais il a insisté sur la nécessité d’une démarche progressive, estimant que la rapidité ne doit pas compromettre la protection des investisseurs.
La capacité du Central Securities Clearing System (CSCS) à assurer du T+0 est confirmée par les opérateurs de marché. Le PDG de Highcap Securities, David Adonri, indique que la CSCS avait initialement proposé un passage direct de T+3 à T+0, mais que les autorités ont rejeté cette option au profit d’une transition étalée. Le régulateur veut éviter de fragiliser certaines catégories d’investisseurs, notamment les fonds de pension et les détenteurs de portefeuilles importants, particulièrement sensibles aux risques opérationnels. « Le marché n’est pas réservé aux jeunes », rappelle Adonri, soulignant la nécessité d’un système ordonné qui laisse le temps aux acteurs de s’adapter psychologiquement et opérationnellement à des cycles plus courts.
La SEC s’appuie d’ailleurs sur une philosophie de « croissance et développement ordonnés » pour mener cette transition. La migration se déroule en trois étapes : un passage de T+3 à T+2 en novembre 2025, l’adoption actuelle du règlement en T+1, puis un basculement vers le T+0 attendu en 2026, une fois que le marché aura acquis l’expérience nécessaire. Cette réforme s’applique à la NGX, à la NASD OTC Securities Exchange et à la Lagos Commodities and Futures Exchange.
Au-delà des cycles de règlement, la SEC déploie une série de réformes destinées à renforcer l’efficacité du marché et la confiance des investisseurs. Dr Agama a rappelé que le passage au T+2 a déjà amélioré la liquidité et réduit les risques, tout en alignant davantage le Nigeria sur les standards internationaux. Il s’est également félicité d’indicateurs macroéconomiques plus favorables depuis mai : amélioration de la note souveraine du pays, sortie de la liste grise du GAFI et recul de l’inflation à 16,05 % en octobre, son niveau le plus bas depuis mars 2025.
La levée de capitaux reste robuste, portée par des opérations significatives telles que le SPV Climate Funding de 500 milliards de nairas, l’obligation Elektron Finance de 200 milliards, et 753 milliards de nairas d’émissions de papier commercial dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et de la manufacture. Mais cette dynamique a été perturbée en novembre par une correction historique : la capitalisation du marché a chuté de 6,54 billions de nairas, la plus forte baisse mensuelle jamais enregistrée. Les prises de bénéfices liées à un projet d’imposition de 30 % sur les plus-values, la faiblesse des valeurs bancaires et un contexte mondial incertain ont accentué la chute.
Malgré ce repli, Agama affirme que le marché amorce un rebond, encouragé par les clarifications apportées par le gouvernement sur sa politique fiscale. Pour lui, la modernisation des infrastructures de règlement et les réformes en cours renforceront la résilience du marché à long terme, tout en positionnant le Nigeria comme l’un des acteurs les plus avancés d’Afrique en matière de règlement boursier.
Par Drissa Ouattara


