Les réserves extérieures du Nigeria viennent de dépasser la barre symbolique des 45 milliards de dollars, selon les dernières données publiées par la Banque centrale du Nigeria (CBN). Avec un stock évalué à 45,04 milliards de dollars, le pays retrouve l’une de ses positions les plus solides en six ans, un territoire qu’il n’avait plus atteint depuis le 23 juillet 2019. Cette embellie marque un tournant majeur pour une économie qui, ces dernières années, a subi la volatilité des prix du pétrole, les tensions sur le marché des changes et une forte pression sur la liquidité en devises.
Ce franchissement est d’autant plus remarquable que les réserves nigérianes affichaient encore 42,03 milliards de dollars le 19 septembre 2025, soit le niveau le plus élevé observé depuis fin septembre 2019. En l’espace de quelques mois, le pays a ainsi ajouté près de 5 milliards de dollars à ses réserves, un redressement spectaculaire à un moment où de nombreuses économies émergentes peinent à maintenir leurs tampons de devise. Cette progression pourrait être alimentée par des recettes pétrolières plus robustes, des opérations liées aux euro-obligations ou encore des financements multilatéraux, autant de sources susceptibles d’avoir renforcé l’assise financière du pays. Pour la CBN, disposer d’un matelas de réserves plus consistant représente une marge de manœuvre accrue pour intervenir sur le marché des changes si nécessaire.
L’évolution observée en novembre montre que cette dynamique n’est pas le fruit d’un rebond ponctuel, mais bien d’une accumulation régulière qui reflète une amélioration progressive des conditions de change. Le mois a débuté avec un niveau de 43,26 milliards de dollars, un seuil que les réserves ont conservé durant plusieurs jours avant d’entamer une progression continue. À la date du 18 novembre, elles atteignaient 44,05 milliards de dollars, témoignant d’une hausse des entrées de devises et d’une réduction de la pression sur le naira. Elles ont ensuite clôturé le mois à 44,67 milliards, l’un des meilleurs niveaux de fin de mois enregistrés ces dernières années. L’élan s’est prolongé en décembre, les réserves demeurant dans la fourchette des 44 milliards avant de franchir, le 4 décembre, le seuil décisif des 45 milliards de dollars. Au-delà de l’aspect technique, ce seuil constitue un marqueur psychologique fort, révélateur d’une liquidité extérieure plus robuste.
Ce regain de solidité a des implications majeures pour l’économie nigériane. Un stock supérieur à 45 milliards de dollars offre à la Banque centrale un bouclier renforcé pour absorber d’éventuelles pressions sur les changes, un signal particulièrement scruté par les investisseurs étrangers, notamment ceux engagés dans les placements de portefeuille. Ce niveau de réserves traduit également une capacité accrue du pays à financer ses importations, honorer ses obligations extérieures et résister aux chocs exogènes. Pour les investisseurs, il s’agit d’un indicateur positif de la santé externe du Nigeria, susceptible de contribuer à une hausse des entrées de capitaux dans les marchés obligataires comme dans les actions.
La progression régulière observée entre le début novembre, avec 43 milliards de dollars, et le début décembre, à plus de 45 milliards, laisse ainsi entrevoir une amélioration des flux d’entrée plutôt qu’un simple épisode conjoncturel. Pour une économie qui cherche à restaurer la confiance dans sa monnaie et à stabiliser son cadre macroéconomique, cette évolution constitue un signal encourageant, même si sa durabilité dépendra de la continuité des réformes et de la capacité du pays à maintenir des sources stables de revenus en devises.
Par Drissa Ouattara


