S&P Global Ratings adresse un signal fort au Nigeria en révisant ses perspectives de crédit souverain de « stables » à « positives », portée par un ensemble de réformes jugées déterminantes et une amélioration progressive des indicateurs économiques et extérieurs. L’agence maintient toutefois les notations du pays à « B-/B » en devises étrangères et locales, ainsi que ses notes nationales « ngBBB+/ngA-2 ». Mais pour la première fois depuis plusieurs années, elle entrevoit une possible hausse de la note si la trajectoire actuelle se confirme.
L’agence estime que les perspectives positives reflètent « l’amélioration des résultats extérieurs, économiques, budgétaires et monétaires », tout en reconnaissant les défis persistants que sont le faible PIB par habitant, les coûts élevés du service de la dette ou encore la faiblesse des données statistiques. Cette évolution intervient dans un contexte marqué par un vaste chantier de réformes engagé depuis la mi-2023 par le président Bola Tinubu. Libéralisation du taux de change, suppression des subventions aux carburants, meilleure mobilisation des recettes publiques, relance progressive de la production pétrolière avec l’appui de la raffinerie de Dangote : ces mesures ont, selon S&P, replacé le Nigeria sur une trajectoire macroéconomique plus stable.
L’agence anticipe désormais une croissance moyenne de 3,7 % entre 2025 et 2028, au-dessus de ses précédentes prévisions de 3,2 %, soutenue par l’augmentation de la production pétrolière et un regain de confiance du secteur privé. L’inflation, qui a dépassé 30 % en 2024, devrait reculer progressivement pour atteindre 13 % à l’horizon 2028. Sur le plan extérieur, les réserves de change brutes sont estimées à moins de 44 milliards de dollars en octobre 2025, tandis que la sortie du Nigeria de la liste grise du GAFI et une plus grande stabilité du naira ont facilité l’arrivée de capitaux, notamment les envois de fonds de la diaspora et les investissements de portefeuille.
S&P avertit cependant que la dynamique pourrait être fragilisée en cas de dérapage budgétaire, d’alourdissement du service de la dette ou de sorties de capitaux. L’agence prévient qu’elle pourrait ramener les perspectives à « stables » si les risques pesant sur la mise en œuvre du programme de réformes augmentent ou si la capacité du pays à honorer ses engagements financiers se détériore. À l’inverse, une amélioration de la note pourrait intervenir dans les douze prochains mois si les progrès budgétaires et extérieurs se consolident et si l’économie dépasse les attentes.
Les réformes fiscales introduites récemment, notamment la loi portant création du Nigeria Revenue Service et les textes modernisant l’administration fiscale, devraient contribuer à renforcer les recettes et à clarifier les responsabilités en matière de collecte des impôts. S&P table sur un déficit public moyen de 3,2 % du PIB entre 2025 et 2028, tout en estimant que les dépenses liées aux élections générales de 2027 ne devraient pas provoquer de dérapage majeur. Le poids du service de la dette reste cependant très élevé, mais l’amélioration attendue des liquidités pourrait réduire les tensions budgétaires.
Le secteur pétrolier, longtemps affaibli par le vol de brut et les défaillances opérationnelles, montre aussi des signes tangibles de reprise. La production a augmenté à 1,60 million de barils par jour, contre 1,38 million en 2022, grâce aux efforts de sécurisation. La raffinerie de Dangote, désormais opérationnelle, devrait progressivement monter en puissance pour atteindre sa capacité annuelle de 650 millions de barils, tandis que la réhabilitation des raffineries de Port Harcourt, Warri et Kaduna devrait renforcer les capacités nationales de raffinage. Pour S&P, ces avancées, combinées à une croissance non pétrolière plus soutenue et à un PIB rebasé, témoignent d’une économie plus diversifiée et plus résiliente.
Malgré ces progrès, le Nigeria demeure confronté à d’importantes faiblesses structurelles. Le PIB par habitant stagne autour de 1 200 dollars, les niveaux de pauvreté restent élevés et l’inflation, bien que sur la pente descendante, devrait rester supérieure à 20 % en 2025 et 2026. Le poids de l’économie informelle complique la mobilisation des recettes mais atténue certains chocs. L’agence souligne que les vulnérabilités structurelles ne se résorberont que graduellement, alors que la qualité des données statistiques continue de limiter la précision des analyses.
S&P s’attend à ce que le gouvernement Tinubu poursuive son programme de réformes, même si la cadence pourrait ralentir à l’approche des élections de 2027. L’agence estime toutefois que si le pays maintient son cap, les perspectives pourraient continuer de s’améliorer. « L’amélioration de la confiance et les gains de production de pétrole devraient soutenir une croissance moyenne de 3,7 % sur la période 2025-2028 », conclut-elle.
En août 2023, S&P avait déjà revu les perspectives du Nigeria de négatives à stables, après les avoir abaissées quelques mois plus tôt en raison des pressions budgétaires et d’une disponibilité limitée de devises. Malgré l’amélioration des signaux économiques, le pays affichait encore un déficit de 4,0 milliards de nairas au premier trimestre 2023, selon la Banque centrale du Nigeria. Mais pour la première fois depuis plusieurs années, l’agence entrevoit désormais la possibilité d’un relèvement de la notation si les réformes s’enracinent et si la trajectoire actuelle se confirme.
Par Drissa Ouattara


