À l’occasion de l’ouverture de la 7ᵉ édition de la Semaine des activités minières de l’Afrique de l’Ouest (SAMAO), qui s’est tenue le jeudi 25 juillet 2025 à Ouagadougou, notre équipe a rencontré Bamouni Nébon, directeur des affaires institutionnelles et des partenariats stratégiques de Scoop CA Burkina Mine. Il s’est exprimé sur la participation de l’institution à cette édition ainsi que sur la thématique centrale du salon. Découvrez l’entretien
Pouvez-vous brièvement présenter votre entreprise et les zones géographiques qu’elle couvre ?
Scoop SA Burkina Mine est une coopérative minière légalement reconnue, créée en 2022. Aujourd’hui, Scoop CA Burkina Mine, en tant que coopérative inscrite dans la droite ligne du Code minier burkinabè, entend développer, selon sa vision 2030, dix mines semi-mécanisées et une grande mine industrielle au Burkina Faso, voire en Afrique. La coopérative a déjà connu des avancées notables. Nous sommes aujourd’hui représentés sur presque tout le territoire burkinabè, notamment à Ouagadougou, Koudougou, Bobo-Dioulasso, Ouahigouya, Kongoussi, Houndé, Dano, Banfora, Pô, Cinkansé, Fada N’Gourma, Pouytenga, Niangologo, Gaoua, Boromo, ainsi qu’à Zorgho, Bitou, Koupéla, Moktedo et Kaya. Nous pouvons donc affirmer que nous couvrons presque l’ensemble du territoire burkinabè. Nous avons également des ambitions africaines, ce qui nous amène à porter un regard sur d’autres pays à potentiel minier, notamment ceux de l’AES ainsi que la Côte d’Ivoire.
Le secteur minier est un vaste ensemble avec plusieurs intervenants. Quel est le positionnement de Burkina Mine dans cet univers ?
Aujourd’hui, en plus de notre réseau national, Scoop CA Burkina Mine déploie ses activités principales autour de l’exploitation minière et la recherche opérationnelle dans le secteur de l’industrie minière. Nous mettons également en place des solutions innovantes, visant à accroître non seulement la capacité de production du secteur, mais aussi l’intégration de technologies accompagnant la mise en œuvre des projets. Nous avons pour ambition de répondre aux enjeux économiques du Burkina Faso, des pays africains et au-delà, d’avoir une portée mondiale. C’est pourquoi nous disons que Burkina Mine s’inscrit dans une vision claire : bâtir un Burkina rayonnant, une Afrique prospère et un monde meilleur. Comme mentionné, nous explorons toutes les pistes, cela en l’honneur de nos actionnaires, grâce à qui Burkina Mine est ce qu’elle est aujourd’hui. Nous avons des projets à un bon niveau de maturité au Burkina Faso et nous posons également des jalons vers la Côte d’Ivoire.
Est-ce la première fois que vous participez à la SAMAO ?
Depuis sa création en 2022, Burkina Mine a participé à l’édition 2023,2024 et nous sommes aujourd’hui présents à l’édition 2025. Cela fait donc trois ans que Burkina Mine participe à la SAMAO, ce qui témoigne d’un engagement constant envers cet événement majeur de promotion du secteur minier en Afrique de l’Ouest.
La 7ᵉ édition aborde un thème central à savoir la réhabilitation des sites miniers. Or, qui dit réhabilitation dit responsabilité sociale, protection de l’environnement, et prise en compte des préoccupations des communautés impactées. Cela signifie que, chez Burkina Mine, la thématique environnementale est intégrée dès la conception de nos projets.

Nous adoptons une approche qui intègre les perspectives écologiques toute en anticipant l’après-mine. Notre modèle économique repose sur la participation directe des populations impactées aux actifs de la société. Cette stratégie fonde notre vision de durabilité : permettre aux populations de continuer à bénéficier de revenus après l’exploitation minière. Nous avons également réfléchi à des activités qui contribuent à la préservation de la biodiversité, à la restauration des sols, à la protection de la faune et de la flore. Il est vrai qu’aucune exploitation minière n’est sans impact, mais l’idéal est d’exploiter tout en atténuant les effets environnementaux. Nos activités de réhabilitation prennent en compte les préoccupations des communautés, la restauration des écosystèmes et la préservation de la biodiversité.
Quelles ont été les retombées des précédentes SAMAO sur votre institution ?
Il faut rappeler que la SAMAO est aujourd’hui un événement majeur de l’écosystème minier et une véritable vitrine de promotion de l’industrie minière en Afrique, initiée par le gouvernement burkinabè. En y participant de façon successive, nous avons pu gagner en visibilité, étendre notre réseau en matière de relations et d’affaires et rencontrer de nouveaux partenaires. Grâce à ces éditions, nous avons eu l’occasion de présenter notre politique, de renforcer notre image institutionnelle et de montrer qu’une société construite localement peut rayonner à l’international. Nous avons toute l’expertise pour le faire.
Quelles sont vos attentes en participant à cette édition ?
En participant à cette 7ᵉ édition de la SAMAO, notre objectif premier est de soutenir les initiatives du gouvernement visant à promouvoir la politique minière en Afrique. La SAMAO est en effet un cadre mis en place pour valoriser les acteurs du secteur. En tant qu’acteurs miniers, il est de notre devoir d’y prendre part. Cette participation nous permet non seulement de gagner en visibilité, mais aussi de marquer la présence de nos actionnaires, ceux qui ont souscrit à Burkina Mine et qui nous font confiance. Cela prouve que nos actionnaires sont solidaires des initiatives prises par le gouvernement et par l’organisation de la SAMAO. Nous voulons également présenter nos projets, soutenir leur développement, et montrer que Burkina Mine est une structure solide, avec une assise institutionnelle forte et une notoriété grandissante. Nous aspirons à une ambition africaine. Notre participation vise aussi à rencontrer de nouveaux partenaires, discuter de relations d’affaires et continuer à élargir notre réseau professionnel.
« Les défis de la réhabilitation et de la fermeture des mines en Afrique : Quelle nouvelle vie pour les communautés locales ? » C’est sur cette thématique que se penche la SAMAO 7. Qu’en pensez-vous ?
Le thème lié à la question environnementale, à la réhabilitation des mines et à l’après-mine est une problématique majeure. En effet, une mine comprend plusieurs phases notamment l’exploration, la construction, la production, la réhabilitation et la post-réhabilitation. Il est donc crucial de lier toutes ces étapes dans une dynamique cohérente, afin de permettre aux acteurs miniers d’intégrer les enjeux environnementaux et sociaux dans toutes leurs actions.
Au cours de cette SAMAO, des panels de haut niveau vont se tenir. Ils feront émerger des recommandations et des idées fortes, que nous allons nous approprier, intégrer et mettre en œuvre dans nos projets. Le but est de faire en sorte que l’après-mine ne soit pas une catastrophe, mais au contraire, une opportunité de transformation.
Vous devez faire une présentation lors de cette SAMAO ? Si oui, pouvez-vous nous en dire plus ?
Nous n’avons pas de présentation particulière prévue au cours de cette édition. Cependant, nous sommes intervenus dans un panel organisé par la Chambre des mines du Burkina Faso, en partenariat avec le ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières, sur la question du financement des projets miniers. Notre directeur général, Rayangniwendé Abdoul Rasaky KABORE, a eu l’honneur de présenter les financements alternatifs, c’est-à-dire des mécanismes innovants permettant de mobiliser des ressources pour la mise en œuvre de projets miniers.

Un projet solide, aujourd’hui, ne se limite pas à la présence de réserves dans le sous-sol. Il faut également avoir des acteurs capables de gouverner le projet, pour garantir sa viabilité. Le financement seul ne suffit pas, il faut aussi une gouvernance responsable, capable d’utiliser les ressources de manière rationnelle pour assurer le succès du projet. Nous avons pu partager notre vision à travers ce panel et nous pensons que ces idées peuvent contribuer à faire émerger des champions locaux dans le secteur minier burkinabè.
Depuis votre création en 2022, quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez en matière de réhabilitation ou de fermeture des mines ?
Nous n’avons pas encore connu de fermeture ni de réhabilitation de mine. Cependant, nous avons observé que, dans plusieurs mines déjà exploitées, il y a souvent des difficultés liées au manque de préparation à l’après-mine. Cela entraîne des désespoirs pour les populations locales une fois l’exploitation terminée. Nous avons anticipé ces défis en prenant en compte les impacts environnementaux que nous avons pu constater ailleurs. Nous voulons être une mine responsable, qui tient compte des préoccupations environnementales et sociales.
Au Burkina Faso, les communautés locales sont-elles impliquées dans le processus de fermeture des mines ?
L’implication des communautés locales dans la fermeture et la réhabilitation des mines est, à mon avis, relative. Toutefois, nous sommes convaincus qu’on ne peut pas réhabiliter une mine sans impliquer les communautés locales. Il est indispensable d’organiser des échanges, des consultations régulières avec les populations, pour recueillir leurs préoccupations et leurs propositions. C’est ensemble, en co-construisant un plan durable et cohérent, que nous pourrons répondre aux attentes des communautés.
De leur côté, les communautés locales doivent être vigilantes et jouer un rôle d’alerte pour attirer l’attention des exploitants miniers. Mais elles doivent aussi dialoguer de façon franche et constructive avec les sociétés minières.
L’objectif n’est pas le conflit, mais un dialogue ouvert pour que les populations vivant près des mines ne soient pas exclues des décisions qui les concernent.
Quelles suggestions faites-vous aux acteurs du domaine pour mieux encadrer la fermeture des mines ?
Ce que nous suggérons, c’est, d’abord, de respecter la réglementation en termes de réhabilitation et de fermeture et prendre en compte le plan puisque toute mine avant son ouverture dispose d’un plan, d’une étude d’impact environnemental et social. Une fois cette réglementation respectée, il faut, au fur et à mesure, réhabiliter et réactualiser les données et aussi avoir des initiatives qui permettent d’asseoir, c’est-à-dire une politique de concertation permanente avec les communautés. Cette politique ne doit pas être fictive, mais une politique qui prend en compte la durabilité. Il s’agit en fait en termes d’investissement au niveau social, de mettre en place des structures durables, tels que des projets de santé, d’école, qui puissent profiter aux générations futures, mais c’est aussi de pouvoir donner aux populations locales la capacité à se réaliser et à continuer à se réaliser, après la mine et à investir également au plan de l’industrialisation. Aujourd’hui, une mine doit être une perspective d’industrie industrialisante. Cela veut dire qu’il faut connecter l’industrie minière à la création d’autres industries, afin que la chaîne de valeur autour de l’industrie minière puisse être une chaîne qui puisse davantage profiter et participer à la construction des budgets nationaux. Cela favorisera une croissance durable locale, nationale et même internationale.
Que souhaiteriez-vous voir évoluer dans la législation ou les politiques publiques en matière de durabilité ?
Nous pensons que la législation existe déjà. Le défi est désormais de mettre en œuvre ce qui est prévu. Nous aurons déjà marqué un pas si nous réussissons à faire cela. En termes de durabilité, il serait judicieux de regarder comment les populations minières, les communautés locales peuvent être actionnées dans les sociétés minières, pour accroître leur durabilité, leur résilience, et constituer un espoir certain pour eux, après la fermeture de la mine. Nous pensons qu’il faut également impliquer les populations locales au niveau des fonds de réhabilitation, des fonds de développement local. En associant les populations à l’utilisation de ces fonds, cela permet non seulement d’accroître leur capacité d’investissement mais aussi de prendre en compte leurs besoins.
Notre entretien touche à sa fin. Avez-vous un message à adresser aux participants ou aux décideurs politiques ici présents ?
Nous tenons d’abord à dire à nos actionnaires que Burkina Mine est bien présente à la SAMAO 2025 et que leur présence y est aussi reflétée. Nous sommes en phase avec les initiatives nationales et souhaitons rappeler à tous que nous devons oser ensemble. Le Burkina bouge, et nous devons partager nos idées, croire en nos capacités à transformer nos ressources. Nous avons les compétences nécessaires et pouvons mobiliser les financements pour réaliser nos projets miniers. Nous devons nous faire confiance, faire confiance à nos talents locaux, et permettre aux acteurs locaux d’obtenir plus de titres miniers pour investir et bâtir notre avenir. Nous remercions nos autorités pour leur résilience. Tant que la SAMAO continue, c’est le Burkina Faso qui continue de rayonner.
Nous encourageons le ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières, ainsi que le gouvernement, à poursuivre cette dynamique et à maintenir les cadres de consultation réguliers. Ces espaces sont indispensables pour prendre en compte les préoccupations de chacun, afin que notre secteur minier reste compétitif et prospère.
Par Bernadette W.Gansonré


