Le gouvernement du Burkina Faso a amorcé la reprise du contrôle total de la Nouvelle Société sucrière de la Comoé (SN SOSUCO). Réuni en Conseil des ministres le jeudi 18 septembre 2025 à Ouagadougou, l’exécutif a adopté un projet de décret portant expropriation des actionnaires minoritaires restants, consacrant ainsi le contrôle intégral de l’entreprise par l’État.
Cette décision s’inscrit dans la continuité de la politique engagée par les autorités visant à assurer l’approvisionnement régulier du marché national en sucre et à préserver un outil industriel jugé stratégique pour l’économie burkinabè. Après avoir dénoncé les conventions qui le liaient à SUCRE PARTICIPATION, ancien actionnaire majoritaire de la SN SOSUCO avec 69 % du capital, l’État avait procédé au rachat de ses parts, devenant ainsi l’actionnaire principal de la société.
Le processus de reprise ne s’est pas limité à ce rachat. Les 1 824 actions détenues par 45 actionnaires minoritaires ont également fait l’objet d’une offre de rachat. À ce titre, huit actionnaires avaient cédé leurs participations à l’État, représentant un total de 1 519 actions, dont une acquise à titre gratuit. Restait alors un portefeuille résiduel de 305 actions, soit 0,0375 % du capital social, détenu par 37 actionnaires restés inactifs face à l’offre publique de l’État. Faute de réponse de ces derniers, le gouvernement a décidé de procéder à leur expropriation, par l’adoption du décret entérinant le transfert des titres au profit de l’État burkinabè.
La SN SOSUCO, acteur majeur de l’industrie agroalimentaire nationale, joue un rôle clé dans le développement économique de la région des Cascades, notamment à Banfora. Son activité couvre l’ensemble de la chaîne de valeur sucrière : culture de la canne, production de sucre blond et raffiné, conditionnement, commercialisation sur les marchés local et international, mais aussi valorisation des sous-produits, notamment l’alcool pharmaceutique issu de la mélasse.
De la création à la privatisation : un demi-siècle de mutations
L’histoire de la SN SOSUCO remonte à 1965, au lendemain des indépendances africaines. Elle fut créée sous l’appellation Société d’Études Sucrières (SESUHV), avec comme participants le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et la Société d’Organisation, de Management et de Développement des Industries Alimentaires et Agricoles (SOMDIAA). Le capital social de départ était de 100 millions FCFA.
Au fil des ans, ce capital a connu des augmentations progressives : 1,83 milliard FCFA en 1972, 1,97 milliard en 1973, puis 3,12 milliards en 1975. Le fait marquant est intervenu sous la révolution d’août 1983, avec un capital porté à 6,03 milliards FCFA et un changement de dénomination en Société sucrière de la Comoé (SOSUCO) en 1984.
En 1998, la société fut privatisée et reprise par le groupe IPS/West Africa du réseau Aga Khan, via la holding SUCRE PARTICIPATION, qui devint actionnaire majoritaire avec 52 % du capital, en partenariat avec des investisseurs burkinabè et F.C. Schaffer. La société prit alors sa dénomination actuelle de Nouvelle Société sucrière de la Comoé (SN SOSUCO). La sortie de l’État de Côte d’Ivoire en 2016, qui détenait alors 2,2 % du capital (169,7 millions FCFA), renforça encore la position de SUCRE PARTICIPATION, qui portait sa part à 68 %. Une augmentation du capital intervenue en 2014 porta celui-ci à 8,1 milliards FCFA.
En reprenant le contrôle total de l’entreprise, l’État burkinabè entend désormais donner un nouveau souffle à la filière sucrière nationale et renforcer sa souveraineté alimentaire. Avec la décision du Conseil des ministres du 18 septembre 2025, la SN SOSUCO entre dans une nouvelle ère, placée sous gouvernance publique, dans un contexte où les enjeux liés à l’autosuffisance alimentaire et à la sécurisation des filières stratégiques sont devenus prioritaires pour le pays.
Par Léon Yougbaré




