À l’occasion de la deuxième édition de la Journée nationale de l’investissement d’impact, tenue le 24 février 2026 à Ouagadougou, un panel a examiné les mécanismes, instruments et véhicules financiers ainsi que la mobilisation des ressources domestiques en faveur de l’investissement d’impact au Burkina Faso. Placée sous le thème « Mécanismes, instruments et véhicules financiers et mobilisation de ressources domestiques pour l’investissement d’impact au Burkina Faso », la session a été modérée par le Pr Youmanli Théodore Ouoba, directeur du Centre d’études, de documentation et de recherche économiques et sociales (CEDRES).
Aïcha Zio, directrice du pôle conseil et études de NERE CAPITAL , a introduit les échanges par une clarification des concepts. Elle a défini le véhicule financier comme toute entité juridique constituée pour collecter des ressources en vue d’investir dans des actifs, qu’il s’agisse de dette, d’actions ou d’immobilier, selon des règles de gouvernance précises. Elle a également précisé que la finance catalytique renvoie à des investissements stratégiques orientés vers des secteurs structurellement sous-financés, avec pour fonction de dérisquer des projets ou des segments d’activité.
Sur le plan opérationnel, elle a relevé deux contraintes majeures. La première tient au risque pays et à la faible profondeur du marché national, dans un contexte où les PME, bien que nombreuses, sont peu préparées à l’ouverture de leur capital à des investisseurs. La seconde concerne la taille des tickets, généralement inférieure à 300 millions de FCFA, jugée insuffisante par les investisseurs au regard des coûts fixes de structuration et de gestion des véhicules, ce qui pèse sur la rentabilité des opérations.
Seydou Soungala Yaméogo, directeur général de FINEC Burkina SA et président de l’Association professionnelle des systèmes financiers décentralisés du Burkina Faso (AP/SFD-BF), a mis en avant le rôle central des institutions de microfinance dans l’inclusion financière. Selon lui, au regard de la définition de l’investissement d’impact, la microfinance constitue historiquement l’un des premiers vecteurs de ce type d’investissement, en facilitant l’accès au financement des populations exclues du système bancaire classique.
Il a indiqué que la mobilisation des ressources repose principalement sur l’épargne des membres, caractérisée par une forte volatilité et une prédominance de financements à court terme. Le refinancement bancaire, également à court terme, ne permet pas, selon lui, de répondre adéquatement aux besoins structurels des PME.
Enfin, il a relevé que l’accès au marché boursier demeure limité pour les institutions de microfinance. La raison, dit-il, est liée aux exigences de contre-garantie, généralement assurées par des structures telles que le Fonds de solidarité africain (FSA) et le Fonds africain de garantie et de coopération économique (FAGACE), dont les conditions sont difficilement compatibles avec le profil des clients des institutions de microfinance.
Intervenant sur le rôle des fonds publics, Mamadou Gnada, conseiller technique au FBDES, a souligné leur fonction d’effet de levier pour attirer des investisseurs vers le financement des PME. À l’en croire, lorsque les capacités financières des promoteurs sont limitées, les fonds publics peuvent émettre des lettres de confort ou des garanties afin de faciliter l’accès aux financements bancaires ou à d’autres partenaires.
Pour les projets d’envergure, a-t-il poursuivi, des démarches de plaidoyer sont menées auprès d’institutions financières internationales et régionales. À ce titre, le FBDES a mobilisé une enveloppe de 36 milliards de FCFA en septembre 2025 au profit de quatre entreprises privées d’intérêt public. « Ce financement a un lien avec l’investissement et l’investissement d’impact, en ce sens que la dimension sociale et environnementale est prise en compte à un haut degré », a laissé entendre Mamadou Gnada.
Intervenant en dernière position, Davy Soubeiga, directeur de l’antenne nationale de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) au Burkina Faso, a présenté les opportunités offertes par le marché financier régional de l’UEMOA. Depuis sa création, la BRVM a permis la levée de 25 000 milliards de FCFA. Le marché comprend un segment actions structuré en trois compartiments, regroupant 47 sociétés cotées, ainsi qu’un segment obligataire totalisant 182 lignes.
Il a détaillé les différents instruments disponibles, notamment les obligations classiques, les obligations durables dont le cadre réglementaire est en vigueur depuis 2020, ainsi que les fonds communs de titrisation de créances. À ce jour, cinq emprunts obligataires durables ont été réalisés, dont le Gender Bond de 20 milliards de FCFA de Baobab Sénégal et celui d’Ecobank Côte d’Ivoire en faveur des femmes entrepreneures.
La Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY) a, pour sa part, mobilisé 30 milliards de FCFA via un mécanisme de titrisation pour renforcer la sécurité énergétique nationale. Les instruments de finance islamique, notamment les sukuk conformes aux principes de la charia, complètent l’offre.
Enfin, il a rappelé la mise en place, depuis 2018, d’un compartiment dédié aux entreprises à fort potentiel de croissance, notamment les PME. « À date, il n’y a toujours pas de PME cotées », a-t-il ajouté, déplorant la faible exploitation des mécanismes disponibles.
Par Léon Yougbaré


